Comment la car culture est devenue incontournable dans le streetwear
Pendant longtemps, l’automobile et la mode se sont observées à distance. L’une incarnait la performance, la mécanique, parfois une virilité ostentatoire ; l’autre jouait avec les codes sociaux, l’identité et l’attitude. Puis, sans véritable annonce officielle, la car culture s’est invitée dans le vestiaire streetwear, jusqu’à devenir l’un de ses langages dominants.
Sean Wotherspoon x Porsche, AWGE x Mercedes-Benz, KITH x BMW, Aimé Leon Dore x Porsche… La liste des collaborations pourrait suffire à démontrer à quel point l’automobile a désormais garé ses quatre roues au cœur de la mode urbaine. Hoodies, vestes racing, t-shirts graphiques, casquettes, sneakers : la voiture n’est plus seulement une inspiration visuelle, elle est devenue un marqueur culturel, un symbole d’appartenance.
Quand l’urbain devient mainstream
Pour comprendre cette imbrication, il faut revenir à un constat simple : le streetwear est devenu mainstream. Ce qui était autrefois une sous-culture, née dans la rue, le skate, le hip-hop et les contre-cultures, est aujourd’hui au sommet de la pyramide stylistique. Et comme toujours lorsque la culture dominante change, toutes les industries veulent en faire partie.
Les marques automobiles ne font pas exception. Elles cherchent à séduire une génération plus jeune, plus urbaine, plus émotionnelle dans son rapport à l’objet. Et le timing est parfait : les nouveaux faiseurs de tendances – rappeurs, designers, créatifs – ont grandi avec la voiture comme symbole de réussite.
De A$AP Rocky à Virgil Abloh, en passant par Ronnie Fieg, tous partagent un imaginaire commun : celui des années 1990 et 2000, époque où une Mercedes, une BMW M3 ou une Porsche représentaient un idéal autant qu’un rêve accessible uniquement par l’effort et la réussite.
La nostalgie comme moteur
Ronnie Fieg, fondateur de KITH, l’a raconté avec une sincérité rare lors de sa collaboration avec BMW. Son grand-père possédait une BMW E30 M3 blanche de 1989, voiture mythique s’il en est. « Chaque fois que je pense à mon grand-père, je pense à cette voiture », expliquait-il. Plus qu’un produit dérivé, cette collaboration était un acte de transmission émotionnelle.
Même discours du côté de Mercedes-Benz. A$AP Rocky évoque régulièrement l’influence des voitures dans son imaginaire : celles vues dans les clips de rap, celles associées au luxe, au succès, à une forme de liberté. Virgil Abloh, lui aussi, parlait de Mercedes comme d’un symbole visuel omniprésent dans son enfance, près de Chicago.
À l’image d’une paire de sneakers iconique ou d’un survêtement culte, ces voitures sont devenues des objets de désir culturel. Et aujourd’hui, les créateurs qui ont grandi avec ces références les réinjectent naturellement dans leurs collections.
« Streetwear is dead »… et la voiture a pris le volant
Lorsque Virgil Abloh déclarait « Streetwear is dead », il ne parlait pas de la disparition d’un style, mais de la fin d’une époque. Celle où le streetwear était une contre-culture, un langage réservé à ceux qui en maîtrisaient les codes. Désormais, la culture urbaine est partout : dans la musique, la mode, le luxe, la publicité.
Dans ce contexte, l’automobile apparaît comme le nouveau terrain d’expression. Après une longue domination des influences motocross et outdoor, la voiture s’impose comme un nouveau totem esthétique. Racing stripes, typographies rétro, références aux paddocks, aux drapeaux à damier, aux flammes : l’imaginaire automobile est immédiatement reconnaissable et universel.
Arthur Kar, la passion avant la collaboration
À Paris, Arthur Kar incarne une approche plus organique de cette rencontre entre mode et automobile. Collectionneur, passionné, créatif, il n’a pas attendu les collaborations officielles pour faire dialoguer ces deux mondes. « Je n’avais rien dans mon placard qui soit lié au monde de la voiture que j’aime tant », expliquait-il. Alors il a créé ce qui manquait.
Chez lui, la voiture n’est pas un prétexte marketing, mais un langage intime, nourri par des souvenirs, des émotions, des heures passées autour de moteurs et de carrosseries. Une approche qui rappelle que la car culture ne se limite pas aux supercars ou aux logos prestigieux : elle est faite d’histoires personnelles, de trajets anodins, de pannes, de premiers rendez-vous, de dimanches passés sur un circuit ou au bord d’une route.
Attention aux embouteillages
Mais comme toute tendance devenue dominante, la car culture dans le streetwear court le risque de la saturation. À force de multiplier les collaborations, les recettes visuelles se répètent : mêmes couleurs, mêmes motifs racing, mêmes références nostalgiques. Ce qui faisait sens émotionnellement peut rapidement devenir un simple argument commercial.
L’avenir dira si la car culture saura se renouveler, explorer d’autres récits – ceux de la mobilité électrique, de la transition écologique, de la voiture comme espace de vie plutôt que symbole de puissance. Une chose est sûre : tant que l’automobile continuera à nourrir notre imaginaire collectif, elle restera une source d’inspiration puissante pour la mode.
Sur envoiturecarine.fr, cette rencontre entre style et mécanique rappelle une évidence : la voiture n’est jamais qu’un objet technique. Elle est aussi un marqueur culturel, un miroir de son époque, et parfois même… une pièce maîtresse du vestiaire.
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