De l’Indy 500 à la glace olympique : Simona de Silvestro, la trajectoire d’une pilote hors normes
Il y a des reconversions qui relèvent du simple changement de discipline, et d’autres qui racontent quelque chose de plus profond sur le rapport à la performance, au risque et à l’identité sportive. Celle de Simona de Silvestro appartient clairement à la seconde catégorie. Ancienne figure respectée du sport automobile international, la Suissesse vit aujourd’hui un chapitre aussi inattendu que symbolique : sa participation aux Jeux olympiques d’hiver de Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026, au volant – ou plutôt aux barres – d’un bobsleigh.
À 37 ans, celle que le paddock surnommait depuis longtemps « Iron Maiden » a troqué l’asphalte brûlant d’Indianapolis pour la glace exigeante de Cortina d’Ampezzo. Un virage à 180 degrés ? Pas tout à fait. Plutôt une continuité logique pour une pilote qui n’a jamais envisagé la conduite autrement que comme une science du ressenti, de l’anticipation et du courage.
Une carrière automobile déjà hors normes
Avant de s’élancer dans un couloir de glace à plus de 120 km/h, Simona de Silvestro a construit une carrière que beaucoup envieraient. Révélée en monoplace, elle s’est imposée comme l’une des rares femmes à s’installer durablement au plus haut niveau du sport auto. On l’a vue briller en IndyCar Series, avec plusieurs participations à l’Indianapolis 500, course mythique s’il en est. Elle entre aussi dans l’histoire en devenant la première femme à marquer des points en Formule E, à une époque où le championnat électrique cherchait encore sa légitimité.
Son parcours l’a même menée jusqu’à la Formule 1, avec des essais réalisés pour l’écurie Sauber. Sans déboucher sur un volant titulaire, certes, mais suffisamment pour confirmer ce que beaucoup savaient déjà : Simona de Silvestro n’était pas une pilote “symbolique”, mais une vraie compétitrice.
Le rêve olympique en ligne de mire
Et pourtant, derrière cette carrière déjà bien remplie, un autre rêve sommeillait. Celui des Jeux olympiques. « Peu de gens ont la chance de connaître ça », confie-t-elle aujourd’hui, le sourire franc de ceux qui savent mesurer la rareté de l’instant. L’idée n’est pas née hier. Il y a près de dix ans déjà, la Vaudoise commence à réfléchir à une trajectoire alternative.
« J’ai regardé plusieurs sports. Mais le bobsleigh était celui qui faisait le plus de sens. Il fallait conduire, et c’est un talent que j’avais déjà », explique-t-elle. Une phrase qui résume parfaitement la logique de sa reconversion : le bobsleigh n’est pas une rupture, c’est une transposition.
Des pneus aux patins : une transition exigeante
La bascule devient concrète il y a trois ans. À un âge où beaucoup songent à sécuriser leur héritage sportif, Simona de Silvestro accepte de redevenir débutante. Le bobsleigh impose d’autres contraintes physiques, une lecture différente de la trajectoire, une gestion du risque encore plus brutale. Mais là encore, son bagage automobile fait la différence.
Les résultats suivent. En Coupe d’Europe d’abord, puis en Coupe du monde, où elle signe une 15e place en monobob et une 17e en bob à deux. Suffisant pour décrocher l’une des deux places italiennes pour les Jeux de Milan-Cortina. Car oui, détail qui n’en est pas un : Simona de Silvestro représentera l’Italie, pays avec lequel elle entretient des liens étroits et qui lui a ouvert la porte de cette aventure olympique.
Milano-Cortina 2026 : l’aboutissement
Lundi, elle a pris le départ de l’épreuve de monobob aux Jeux olympiques. Un moment suspendu. Dans le portillon de départ, il n’y avait plus l’ancienne pilote d’IndyCar, ni la pionnière de la Formule E. Juste une athlète face à la glace, au chronomètre et à elle-même.
Sa présence à Milano-Cortina dépasse largement la seule performance sportive. Elle incarne une autre vision de la carrière, moins linéaire, plus audacieuse. Elle rappelle aussi que les compétences du sport automobile – lecture de trajectoire, sang-froid, précision – trouvent un écho bien au-delà des circuits.
Une inspiration au-delà des paddocks
Pour le sport automobile, et notamment pour les femmes qui y évoluent encore trop souvent sous le regard du scepticisme, Simona de Silvestro reste un symbole fort. Celui d’une pilote qui n’a jamais accepté les cases, ni les plafonds de verre. Celui d’une sportive capable de réinventer son rapport à la vitesse, sans renier ce qu’elle est.
Des virages relevés d’Indianapolis aux parois glacées de Cortina, Simona de Silvestro continue de faire ce qu’elle a toujours fait : piloter. Autrement, ailleurs, mais avec la même intensité. Et c’est peut-être là, finalement, sa plus belle victoire.
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