L’Espagne voulait remplacer le triangle de présignalisation par un gyrophare connecté : l’Union européenne freine net
Sur le papier, l’idée semblait presque évidente. Pourquoi continuer à imposer un triangle de présignalisation, peu visible et parfois dangereux à installer sur le bas-côté, alors qu’un simple gyrophare lumineux, posé sur le toit de la voiture, permettrait de signaler une panne en quelques secondes ? C’est précisément le raisonnement qu’a suivi l’Espagne avec le V16, un feu d’urgence clignotant appelé à remplacer définitivement le triangle à partir de 2026. Sauf que cette petite révolution de la sécurité routière se heurte désormais à un obstacle de taille : le droit européen.
Un dispositif simple… jusqu’à ce qu’il devienne connecté
Dans son principe, le V16 coche toutes les cases du bon sens. Un feu orange puissant, visible à plusieurs centaines de mètres, que l’on fixe sur le toit grâce à un aimant, sans avoir à sortir du véhicule. Un gain évident en matière de sécurité, notamment sur autoroute ou par faible visibilité.
Mais le dispositif espagnol ne s’arrête pas là. La version rendue obligatoire par Madrid est connectée à Internet. Lorsqu’elle est activée, elle transmet automatiquement la position du véhicule à une plateforme nationale de gestion du trafic. Une donnée ensuite utilisée pour informer les autres usagers, les services d’assistance ou les autorités.
C’est précisément cette connexion permanente qui a commencé à poser problème. On a d’abord découvert que ces données publiques pouvaient être exploitées par des personnes mal intentionnées, capables de repérer en temps réel des véhicules immobilisés. Mais ce n’est pas ce point qui a déclenché la réaction de Bruxelles.
Bruxelles rappelle les règles du jeu
Selon la Commission européenne, l’Espagne a commis une erreur de procédure majeure. Lorsqu’un État membre rend obligatoire un nouveau produit technique, il doit en informer préalablement l’Union européenne. Objectif : vérifier que cette obligation ne constitue pas une entrave à la libre circulation des marchandises au sein du marché intérieur.
Or, dans le cas du V16, l’Espagne aurait imposé un appareil très spécifique, conforme à une norme nationale, sans notification préalable. Résultat : la Commission estime que cette obligation pourrait exclure des alternatives étrangères et donc contrevenir aux règles européennes de concurrence.
Bruxelles a officiellement averti Madrid et évoque la possibilité d’une procédure d’infraction. Dans le pire des scénarios, l’Espagne pourrait être contrainte de revoir sa copie, voire de suspendre ou d’annuler l’obligation telle qu’elle existe aujourd’hui.
Un précédent qui refroidit les ardeurs européennes
Ce rappel à l’ordre a des conséquences bien au-delà des frontières espagnoles. Ces derniers mois, plusieurs pays européens observaient avec intérêt cette solution technologique, perçue comme plus moderne et plus sûre que le triangle traditionnel. Mais l’intervention de l’Union européenne risque de retarder considérablement toute généralisation du dispositif.
Imposer un équipement connecté, normé au niveau national, sans cadre harmonisé à l’échelle européenne, apparaît désormais comme un chemin semé d’embûches. Avant d’envisager une adoption ailleurs, il faudra sans doute passer par une normalisation européenne, longue et politiquement sensible.
Et pour les automobilistes français ou néerlandais ?
À court terme, rien ne change. Le V16 n’est pas obligatoire hors d’Espagne. En France, le triangle de présignalisation reste la règle. Même constat pour les automobilistes néerlandais ou belges.
Pour les voyageurs, la prudence reste de mise. Le V16 n’est pas requis pour les conducteurs étrangers, mais recommande tout de même d’en posséder un en cas de déplacement en Espagne, afin d’éviter toute ambiguïté lors d’un contrôle ou d’une panne.
Sécurité routière contre marché unique : un équilibre délicat
Cette affaire illustre parfaitement la tension permanente entre innovation technologique, sécurité routière et règles du marché intérieur européen. L’idée du V16 n’est pas rejetée sur le fond. Mais sa mise en œuvre, trop nationale et trop fermée, pose problème.
En attendant une éventuelle harmonisation européenne, le triangle de présignalisation conserve donc sa place dans le coffre. Un objet simple, universel, peu technologique… mais juridiquement inattaquable.
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