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Pourquoi la DeLorean de Retour vers le futur est devenue une icône absolue de l’automobile

Dans l’histoire de l’automobile, rares sont les modèles qui doivent leur immortalité non pas à leurs performances, à leurs ventes ou à leur palmarès sportif, mais à une œuvre de fiction. La DeLorean DMC-12 appartient à cette catégorie très fermée. Une voiture techniquement quelconque, produite à peu d’exemplaires, devenue pourtant l’un des objets culturels les plus reconnaissables au monde. Une anomalie industrielle transformée en mythe pop grâce à Retour vers le futur.

Une voiture née à contre-courant

Lorsque la DeLorean DMC-12 est dévoilée au début des années 1980, elle ne ressemble à rien de connu. Sa carrosserie en acier inoxydable brut, ses portes papillon, son dessin anguleux signé Giorgetto Giugiaro pour Italdesign : tout semble venir du futur… ou d’une autre planète.

Derrière ce projet audacieux, un homme : John Z. DeLorean, ancien cadre star de General Motors, visionnaire charismatique persuadé qu’il peut révolutionner l’industrie automobile. Il veut produire une voiture différente, plus éthique, plus durable, assemblée en Irlande du Nord dans un contexte politique et social explosif.

Mais la réalité rattrape rapidement le rêve. Problèmes de mise au point, performances décevantes, fiabilité perfectible, moteur V6 PRV loin des promesses initiales. La DeLorean n’est ni une vraie sportive, ni une voiture accessible. En moins de deux ans, l’entreprise fait faillite. À peine 9 000 exemplaires verront le jour.

Tout semblait donc condamner la DMC-12 à l’oubli.

Le cinéma comme machine à remonter le temps

En 1985, Robert Zemeckis et Bob Gale cherchent une machine à voyager dans le temps pour leur film Back to the Future. Initialement, ce devait être… un réfrigérateur. L’idée est abandonnée au profit d’une voiture, plus mobile, plus spectaculaire. Mais pas n’importe laquelle.

La DeLorean s’impose comme une évidence. Son design futuriste, presque irréel, semble déjà sortir d’un autre temps. Les portes papillon renforcent l’aspect spectaculaire. L’acier inoxydable reflète la lumière comme un objet scientifique. La voiture n’a besoin d’aucun effort de crédibilité pour devenir une machine temporelle.

À partir de là, la DeLorean change de statut. Elle n’est plus une voiture ratée : elle devient un personnage à part entière. Dans la trilogie, elle incarne le lien entre les époques, le mouvement, l’urgence, l’aventure. Elle est aussi fragile, capricieuse, imprévisible — exactement comme le voyage dans le temps qu’elle rend possible.

Une icône forgée par la narration

Ce qui fait la force de la DeLorean dans Retour vers le futur, ce n’est pas la technologie fictive du convecteur temporel. C’est la charge émotionnelle que le film lui confère. Elle est associée à l’amitié entre Marty McFly et Doc Brown, à l’adolescence, aux choix qui changent une vie, aux routes qui bifurquent.

La DeLorean devient alors bien plus qu’un objet. Elle est :

  • un symbole de liberté,

  • une promesse d’évasion,

  • une métaphore du passage à l’âge adulte.

Contrairement à d’autres voitures de cinéma, elle n’est pas idéalisée pour sa puissance ou son luxe. Elle est aimée pour ce qu’elle permet : aller ailleurs, littéralement.

Une postérité culturelle sans équivalent

Quarante ans après la sortie du premier film, la DeLorean est partout. Dans les conventions, les rassemblements automobiles, les jeux vidéo, les séries, la publicité. Elle est régulièrement élue voiture de cinéma la plus emblématique de tous les temps.

Ironie absolue : sa valeur sur le marché de la collection dépasse aujourd’hui largement ce qu’elle n’a jamais été sur le marché neuf. Des entreprises spécialisées restaurent, électrifient même certaines DeLorean, comme pour boucler la boucle : la voiture du futur devient réellement électrique.

Peu de modèles peuvent se targuer d’avoir été sauvés de l’oubli par la culture populaire. Encore moins d’avoir vu leur échec industriel transformé en triomphe symbolique.

Quand la voiture dépasse l’automobile

La DeLorean fascine parce qu’elle raconte autre chose que l’automobile. Elle raconte le pouvoir des histoires, la capacité du cinéma à reprogrammer notre regard. Sans Retour vers le futur, elle serait une note de bas de page dans l’histoire industrielle. Avec le film, elle devient intemporelle.

C’est peut-être cela, finalement, la vraie leçon de la DeLorean : une voiture n’est pas seulement faite de métal, de moteurs et de chiffres. Elle est aussi faite de récits, d’émotions, de souvenirs partagés. Et parfois, il suffit d’un film pour lui offrir l’éternité.




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