Sony et Honda parient sur la voiture-écran
Avec l’Afeela 1, la mobilité devient une expérience numérique totale. Reste à savoir si les automobilistes accepteront d’y mettre le prix.
Sony n’a jamais vraiment cessé de chercher son prochain objet culte. Après le Walkman, qui a redéfini l’écoute nomade, puis une domination incontestée dans l’univers du jeu vidéo et du divertissement, le géant japonais veut désormais s’imposer dans un nouveau territoire : l’automobile. Mais pas n’importe comment. Pas comme un constructeur traditionnel. Avec Afeela, développé main dans la main avec Honda au sein de la coentreprise Sony Honda Mobility (SHM), la voiture devient avant tout un support technologique, un espace numérique roulant, pensé comme une extension du salon… ou de la console de jeux.
Présentée au CES et désormais en phase de pré-commercialisation, l’Afeela 1 résume à elle seule cette vision radicale : un véhicule électrique où l’écran, l’intelligence artificielle et l’interactivité priment presque sur la mécanique. Une proposition fascinante, mais aussi clivante, surtout lorsque l’on regarde son tarif.
Une voiture à six chiffres pour geeks fortunés
Aux Etats-Unis, l’Afeela 1 sera d’abord proposée dans une version Signature, facturée 102 900 dollars, uniquement en Californie dans un premier temps, puis en Arizona l’an prochain. Une déclinaison plus “accessible”, baptisée Origin, arrivera en 2027 à 89 900 dollars. Dans les deux cas, le prix inclut trois ans d’abonnement aux services technologiques embarqués, dont la connectivité 5G. Le Japon, autre marché clé, devra attendre le premier semestre 2027.
À ce niveau de prix, SHM ne vise clairement pas le grand public. L’objectif est ailleurs : séduire une clientèle technophile, habituée aux écosystèmes numériques, prête à considérer l’automobile comme une plateforme de services plus que comme un simple moyen de transport. Une logique très “Silicon Valley”, assumée.
Une débauche de capteurs et de puissance informatique
Techniquement, l’Afeela 1 impressionne. La berline hatchback à quatre portes embarque une suite de 40 capteurs, dont 18 caméras, 12 capteurs à ultrasons et 9 radars. Le tout alimente un système d’aide à la conduite de niveau 2+, basé sur des modèles d’IA combinant vision et langage. SHM ne cache pas son ambition : atteindre à terme le niveau 4, afin de libérer totalement les occupants… pour consommer du contenu.
À bord, on trouve pas moins de 28 haut-parleurs, une architecture électronique reposant sur la Snapdragon Digital Chassis de Qualcomm, et une interface pensée pour évoluer dans le temps. « Le véhicule comprend vos préférences, il construit un profil », explique Joshua Marine, porte-parole de SHM. L’Afeela est conçue comme un objet “open”, capable d’accueillir des contenus développés par des créateurs tiers.
Un habitacle pensé comme un salon connecté
Dès que l’on s’installe à bord, le ton est donné. Devant le conducteur, un volant type yoke, un rétroviseur central remplacé par une caméra, et surtout un écran panoramique sur toute la largeur de la planche de bord. L’effet est volontairement immersif, presque déroutant : on se sent plus dans un simulateur que dans une voiture traditionnelle.
L’interface est entièrement personnalisable, tout comme l’écran extérieur placé à l’avant du véhicule, capable d’afficher des messages (pour un usage VTC par exemple), des animations ou des thèmes graphiques. Pas de photos personnelles toutefois : Sony garde le contrôle sur l’écosystème visuel.
L’assistant vocal, baptisé “agent personnel”, se montre fluide et naturel. Une simple demande – trouver un café, lancer une navigation, diffuser une musique ou organiser une visioconférence Zoom – suffit. Et à l’arrêt, ou en conduite autonome à terme, l’Afeela se transforme en plateforme de divertissement, puisant dans l’immense catalogue Sony : films, micro-séries, musique…
La PlayStation comme argument automobile
À l’arrière, Sony assume pleinement son ADN. Une PlayStation 5 est intégrée de série, avec la possibilité de jouer via Remote Play à des jeux diffusés depuis une console domestique, manette DualSense en main. Une proposition unique sur le marché, qui parle clairement aux amateurs de gaming… mais qui interroge sur la hiérarchie des priorités.
L’habitacle, spacieux et bien fini, utilise jusqu’à 70 % de matériaux recyclés, avec des revêtements en Ultrasuede ou en cuir synthétique. Le coffre offre 27 pieds cubes (environ 765 litres), un chiffre honnête pour une berline de ce gabarit.
Une vraie voiture… mais presque secondaire
Car oui, l’Afeela 1 reste une automobile. Elle repose sur une transmission intégrale, avec deux moteurs électriques développant 482 ch. La suspension pneumatique, associée à un système de gestion dynamique 3D, promet confort et stabilité. La batterie de 91 kWh autorise environ 480 km d’autonomie, selon les normes américaines, avec une recharge rapide plafonnant à 150 kW.
Mais curieusement, SHM communique peu sur ces aspects. Dans un contexte de défiance envers les véhicules électriques, l’Afeela est moins présentée comme une EV que comme un “terrain de jeu technologique sur roues”.
Produite dans l’usine Honda d’East Liberty, dans l’Ohio, l’Afeela 1 sera distribuée via des hubs dédiés en Californie dès ce printemps. Et déjà, Sony Honda Mobility montre un prototype de SUV, attendu en version de série dès 2028, preuve que l’aventure ne fait que commencer.
Reste une question centrale : le public est-il prêt à payer le prix d’une sportive allemande pour une voiture-écran ? Sony et Honda en sont convaincus. Mais l’histoire de l’automobile a souvent montré qu’entre fascination technologique et acte d’achat, le fossé peut être immense.
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