Tesla tourne la page Model S et Model X : la fin d’une ère, le début d’une autre
C’est une annonce qui marque un tournant symbolique dans l’histoire de Tesla. Lors de la présentation de ses résultats financiers du quatrième trimestre et de l’année 2025, Elon Musk a confirmé ce que beaucoup pressentaient depuis plusieurs mois : les Tesla Model S et Model X seront arrêtées dès le prochain trimestre. Une décision lourde de sens, tant ces deux modèles ont incarné l’ascension fulgurante de la marque californienne dans le haut de gamme électrique.
« Il est temps de conduire les programmes Model S et X vers une sortie honorable », a déclaré le patron de Tesla face aux analystes. Une formule presque solennelle pour clore le chapitre de deux voitures devenues iconiques… mais désormais en décalage avec la nouvelle trajectoire stratégique du constructeur.
Des pionnières devenues symboles d’un autre Tesla
La Model S, lancée en 2012, a profondément bouleversé l’industrie automobile. Élue Motor Trend Car of the Year en 2013, elle a démontré qu’une berline électrique pouvait être désirable, performante et technologiquement en avance. La Model X, arrivée en 2015 avec ses spectaculaires portes Falcon Wing, a prolongé cette ambition sur le segment des SUV premium.
Mais en 2026, ces modèles accusent le poids des années. Leur plateforme n’est plus adaptée aux dernières évolutions du Full Self Driving (FSD), pierre angulaire de la vision d’Elon Musk. Dans un Tesla désormais obsédé par l’autonomie totale et l’intelligence artificielle, les Model S et X apparaissent comme des survivances d’un Tesla « d’avant », centré sur la voiture en tant que produit, et non comme nœud d’un écosystème logiciel.
Fremont change de vocation : des voitures… aux robots
La décision est d’autant plus radicale qu’elle s’accompagne d’un changement industriel majeur. L’usine de Fremont (Californie), berceau historique des Model S et X – et ancienne joint-venture GM-Toyota récupérée par Tesla après la faillite de General Motors en 2009 – va basculer progressivement vers la production des robots humanoïdes Optimus.
L’objectif affiché par Musk est colossal : un million de robots Optimus par an à terme. La version 3.0 de l’humanoïde est sur le point d’entrer en production, même si Tesla reconnaît que la montée en cadence sera lente, faute d’une chaîne d’approvisionnement aussi mature que celle des véhicules.
Ce pivot industriel confirme une réalité de plus en plus évidente : Tesla ne se considère plus prioritairement comme un constructeur automobile, mais comme une entreprise d’intelligence artificielle et de robotique, utilisant la voiture comme terrain d’apprentissage pour ses algorithmes.
Une gamme recentrée autour du volume et de l’autonomie
Dans ce nouveau paysage, la gamme Tesla se resserre autour des Model 3 et Model Y, véritables piliers commerciaux de la marque, rejoints par le Cybertruck, lancé en 2024. Ces modèles sont conçus dès l’origine pour intégrer les dernières évolutions du FSD et alimenter la vision du robotaxi.
Elon Musk l’a répété sans détour : « Le seul véhicule que nous fabriquerons qui ne sera pas autonome, c’est la Roadster. » Une phrase qui en dit long sur la hiérarchie des priorités. La nouvelle Roadster, promise depuis des années, serait enfin dévoilée en avril. « Hopefully… It’s going to be something out of this world », a glissé Musk, fidèle à son sens du teasing.
Dans le même calendrier, Tesla prévoit aussi de lancer la production du Cybercab, un véhicule biplace sans volant ni pédales, pensé exclusivement pour un usage robotaxi. D’autres formats, plus grands, seraient déjà à l’étude pour constituer une flotte autonome capable de concurrencer Uber et les VTC traditionnels.
Tesla, plateforme de services plus que constructeur
Au-delà des produits, c’est le modèle économique que Musk veut réinventer. Il a longuement vanté un système « à la Airbnb », dans lequel les propriétaires de Tesla pourraient louer leur voiture lorsqu’ils ne l’utilisent pas. Grâce au FSD, un Model 3 ou Model Y pourrait, selon lui, être acheté « sans coût net », voire générer un revenu.
Une vision ambitieuse, qui repose toutefois sur un préalable encore loin d’être acquis : une autonomie réellement opérationnelle et juridiquement acceptée à grande échelle.
Tesla a néanmoins enregistré une progression notable de ses abonnements FSD, en hausse de 38 % sur un an, atteignant 1,1 million d’utilisateurs. Un chiffre désormais officiellement communiqué, preuve que le logiciel devient une source de revenus stratégique.
Des résultats financiers sous pression
Ce virage s’opère dans un contexte financier moins flamboyant. En 2025, Tesla affiche un bénéfice net de 3,79 milliards de dollars, en chute de 46 % par rapport à 2024, pour un chiffre d’affaires de 69,52 milliards de dollars, en recul de 10 %. Une contraction qui explique en partie l’urgence de se réinventer et de trouver de nouveaux relais de croissance.
Dès l’introduction de la conférence, Musk a d’ailleurs davantage parlé d’Optimus que d’automobile, évoquant une ère future « d’abondance incroyable », où les robots offriraient un accès universel aux biens, aux services… et même à des soins médicaux avancés. Pour 2026, il se montre plus mesuré, évoquant une phase d’« abondance moyenne ».
La fin d’un mythe, le début d’une incertitude
L’arrêt des Model S et Model X n’est donc pas qu’une décision produit. C’est un symbole fort : celui de la fin du Tesla qui voulait concurrencer Mercedes, BMW ou Audi sur leur propre terrain. Le Tesla de 2026 regarde ailleurs, vers l’IA, les robots et la mobilité autonome, quitte à laisser derrière lui des modèles qui ont pourtant bâti sa légende.
Reste une question centrale : les clients suivront-ils Tesla dans cette mue radicale ? Entre promesses futuristes et réalités industrielles, la marque joue une partie décisive de son avenir. Une chose est sûre : avec Tesla, l’automobile n’est plus jamais seulement une automobile.
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