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Quand la voiture entre au musée

Le 18 février, j’étais à l’Art Business Conference Paris.
Karim Crippa pour Art Basel. Solenne Blanc pour Beaux Arts & Cie. Vadim Grigoryan. Un panel sur les collaborations art et luxe. Des gens sérieux qui parlent d’argent, de stratégie, de légitimité culturelle. Je prends des notes. Je bois un café froid.
Le panel avance. En toute fin, Karim Crippa sort le cas BMW Art Cars. Normal — BMW est partenaire d’Art Basel. Mais j’attendais ça depuis le début.
Fin janvier, à Rétromobile, je les avais vues. Ces carrosseries peintes par Calder, Lichtenstein, Warhol, Hockney. Des voitures qui ne roulent plus. Qui n’ont plus besoin de rouler. Elles existent autrement — dans les musées, dans les mémoires, dans les yeux des gens qui s’arrêtent et ne savent pas exactement pourquoi ils s’arrêtent.
Voir une BMW Art Car en vrai, c’est comprendre dans le corps ce que « collection » veut dire. Ce n’est pas de la possession. C’est une décision sur ce qui mérite de durer.
( photo Rétromobile ici)
Hier soir, @agencecharlescamilla ressort quelque chose que j’avais presque oublié. Ces images m’ont fait un coup. Et elles ont ramené une mémoire que la conférence avait déjà mise en mouvement.
2012. Renault fait un truc de fou.
La Twingo a besoin d’un récit. Petite citadine vive, spacieuse, qui ne se prend pas trop au sérieux — la marque veut créer quelque chose autour d’elle à l’échelle européenne. Plutôt que d’appeler une agence, elle appelle trois artistes. L’idée : révéler les particularités du modèle sans le dénaturer. Trois visions, trois mondes, une même silhouette.
Jean-Charles de Castelbajac imagine un salon présidentiel. Velours pourpre, marqueterie, dorures, fauteuils d’apparat. La Twingo en Palais de l’Élysée miniature. Fantaisie très française, totalement assumée, dans une voiture qui n’en demandait pas tant — et qui s’en trouve grandie.
Nicola Roberts, chanteuse anglaise, en fait un studio nomade. Stand de maquillage à l’avant, micros et platines à l’arrière. Mode et musique dans trois mètres soixante. La ville comme coulisses.
Nils Holger Moormann, designer allemand, installe une bibliothèque à bord. Étagère garnie, cheminée, lumière douce. Un salon de lecture sur roues. Une Twingo qui avance, une page qui se tourne.
Ces trois voitures sont présentées à l’Atelier Renault à Paris. Elles font les unes de la presse européenne. Puis elles entrent dans la collection officielle de Renault.
La citadine finit au musée.
Ce genre de trajectoire, ça ne s’invente pas.
Et maintenant ?
BMW le fait depuis 1975. Renault l’a fait en 2012 avec les Twingo. Et en 2026 — j’en parlais il y a quelques jours — la marque remet le couvert aux Champs-Élysées avec Pop Art Car. Invader, Arman, Vasarely, des show-cars comme des sculptures. La conversation continue.



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