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Rappels automobiles : Stellantis vraiment pire élève… ou victime d’un procès médiatique ?

À chaque nouvelle campagne de rappel, le même réflexe. Le nom de Stellantis surgit, repris en boucle, souvent accompagné d’un soupçon : celui d’un constructeur en difficulté, enchaînant les problèmes techniques. Dernier épisode en date, le rappel de 700 000 véhicules hybrides dans le monde – dont plus de 200 000 en France – pour un risque d’incendie.

Dans la foulée, les références s’accumulent : moteurs PureTech, airbags Takata, diesel BlueHDi… Une « série noire » qui semble s’autoalimenter dans l’espace médiatique. Mais derrière cette perception, que disent réellement les chiffres ? Une enquête récente publiée par Le Figaro apporte un éclairage bien plus nuancé.

L’effet loupe d’un groupe hors norme

Premier élément essentiel : la taille et la structure même de Stellantis. Né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, le groupe aligne pas moins de 14 marques, de Peugeot à Citroën, en passant par Opel, Fiat, Jeep ou Alfa Romeo.

Face à lui, les comparaisons sont souvent biaisées. Volkswagen compte 8 marques, BMW seulement 3, tandis que Mercedes-Benz n’en exploite qu’une seule sous sa bannière principale.

Or, les données brutes issues du système européen « Safety Gate » montrent que Stellantis déclenche effectivement davantage de campagnes de rappel en volume total : 96 en 2023, 58 en 2024 et 77 en 2025. Des chiffres qui, pris isolément, alimentent naturellement les titres alarmistes.

Mais rapportés au nombre de marques, la lecture change radicalement.

Une réalité statistique bien différente

En affinant l’analyse, Stellantis affiche 6,9 rappels par marque en 2023. Une valeur quasi identique à celle de BMW (7,0), pourtant rarement pointé du doigt. En 2024, le groupe descend même à 4,1 rappels par marque, bien loin des 9,7 de BMW ou des 11,5 de Toyota.

La tendance se confirme en 2025 : avec 5,5 rappels par marque, Stellantis se situe derrière Hyundai (12,3), BMW (8,3) et Toyota (6,0).

Le cas le plus frappant reste celui de Mercedes-Benz, qui affiche sur la période les ratios les plus élevés, avec 38 rappels en 2023, 24 en 2024 et 23 en 2025… pour une seule marque. Pourtant, la perception médiatique reste largement focalisée ailleurs.

Une visibilité accrue… et amplifiée

Pourquoi cette distorsion ? D’abord parce que Stellantis est un acteur central du marché français. Chaque campagne touchant Peugeot ou Citroën a mécaniquement un écho plus fort dans l’Hexagone.

Ensuite, parce que certaines affaires ont été particulièrement sensibles, notamment les moteurs PureTech ou les airbags Takata. Leur traitement médiatique, parfois étalé dans le temps, a contribué à installer une narration durable.

Enfin, le groupe lui-même ne cherche pas à minimiser ses rappels. Au contraire, il revendique une politique proactive.

Le rappel comme outil de gestion du risque

Chez Stellantis, le discours est clair : un rappel n’est pas un aveu de faiblesse, mais un outil de maîtrise des risques. Une position assumée, qui tranche avec une certaine culture du silence historiquement présente dans l’industrie.

Le rappel des 700 000 hybrides en est une illustration. Il a été déclenché après seulement 36 incidents recensés dans le monde, dont 12 débuts d’incendie. Une approche préventive, qui privilégie l’anticipation plutôt que la réaction.

Cette stratégie pose une question de fond : un constructeur doit-il être jugé sur le nombre de rappels… ou sur sa capacité à les déclencher rapidement ?

Une lecture biaisée du risque

Car dans l’opinion, le rappel reste associé à une défaillance. Pourtant, dans une industrie devenue extrêmement complexe – entre électrification, hybridation et multiplication des systèmes électroniques – il constitue aussi un indicateur de vigilance.

À ce titre, comparer les volumes de rappels sans tenir compte des périmètres industriels, des volumes de production ou du nombre de marques revient à simplifier à l’extrême une réalité beaucoup plus nuancée.

L’analyse du « Safety Gate » le montre clairement : Stellantis n’est pas le mauvais élève que certains décrivent. Il est simplement plus exposé, plus visible, et peut-être aussi plus transparent.

Entre perception et réalité

Ce décalage entre perception médiatique et réalité statistique illustre un phénomène plus large. Dans un paysage automobile en pleine mutation, certains acteurs deviennent des cibles privilégiées, volontairement ou non.

Stellantis, par sa taille, son ancrage européen et son poids en France, concentre naturellement l’attention. Mais cette exposition accrue ne reflète pas nécessairement une performance inférieure en matière de qualité ou de sécurité.

Au contraire, les données suggèrent une situation bien plus équilibrée.

Un enjeu d’image à long terme

Reste que dans l’automobile, la perception est presque aussi importante que la réalité. À force d’accumulation médiatique, le risque pour Stellantis est de voir s’installer durablement une image dégradée, indépendamment des faits.

Pour le groupe, l’enjeu est donc double : continuer à garantir un haut niveau de sécurité, tout en rééquilibrant le récit.

Car au fond, une question persiste : vaut-il mieux rappeler trop… ou pas assez ?




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