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Quand les femmes au volant deviennent des héroïnes de tableau : la vision singulière du peintre automobile Roy Putt

Dans l’univers de l’art automobile, les artistes capables de raconter une histoire à travers une carrosserie sont rares. Encore plus rares sont ceux qui parviennent à capturer, dans une même toile, l’élégance d’une automobile d’avant-guerre, la liberté naissante des femmes des années 1920 et cette forme de romantisme mécanique aujourd’hui disparue.

C’est précisément ce qui fait la singularité du travail de Roy Putt. Installé à Blandford Forum, dans le Dorset britannique, cet artiste s’est imposé au fil des années comme l’un des grands noms de la peinture automobile contemporaine. Ses clients comptent notamment le Royal Irish Automobile Club. Il expose régulièrement lors d’événements majeurs comme le Goodwood Festival of Speed, le Goodwood Revival ou le Silverstone Classic.

Cette année, il a également été invité comme artiste d’honneur au prestigieux Amelia Island Concours d’Elegance par l’Automotive Fine Art Society.

Mais derrière ses tableaux baignés d’esthétique Art déco se cache surtout une fascination très particulière : celle des femmes indépendantes au volant.

Une passion née dans l’Angleterre d’après-guerre

Avant d’être peintre automobile, Roy Putt a d’abord été musicien. Et il continue encore aujourd’hui de partager sa vie entre ses pinceaux et sa basse électrique.

« Je joue dans des groupes depuis 1968 », raconte-t-il. « J’ai joué partout, y compris pendant trois mois en Allemagne de l’Est et en Union soviétique avant la chute du mur. »

Son parcours dans l’art automobile s’est construit progressivement, presque artisanalement. D’abord présent sur de petits rassemblements locaux consacrés aux transports anciens, il affine son style, développe son réseau et finit par accéder aux plus grands événements automobiles britanniques.

Mais son attachement aux voitures anciennes remonte à bien plus loin.

Dans l’Angleterre des années 1950, encore marquée par les conséquences économiques de la guerre, la plupart des automobilistes roulent dans des voitures datant des années 1930 ou 1940. Les modèles neufs sont principalement destinés à l’exportation. Pour le jeune Roy Putt, les départs en vacances, les sorties familiales et les moments importants de l’enfance sont donc intimement liés à ces automobiles d’avant-guerre.

Son frère, militaire dans l’armée britannique, joue également un rôle déterminant. Lorsqu’il rentre en permission, il dessine pour lui des voitures américaines des années 1940. Une révélation.

« Quand il repartait, j’essayais de dessiner mes propres versions », explique l’artiste.

L’esthétique des années 1920 et 1930 comme terrain de jeu artistique

Ce qui fascine Roy Putt dans les automobiles des années 1920 et 1930, c’est avant tout leur personnalité visuelle.

« Il y avait une incroyable variété de styles », explique-t-il. « On retrouve l’influence de l’Art déco dans le dessin des carrosseries, ainsi qu’un niveau de savoir-faire exceptionnel dans leur fabrication. »

Et il est vrai qu’une voiture d’avant-guerre possède une présence très particulière dans la circulation moderne. Capots interminables, ailes sculptées, roues apparentes, chromes délicats : ces automobiles semblent appartenir à une autre époque, presque à un autre rythme de vie.

L’artiste se nourrit également de l’imaginaire collectif lié à cette période : les vêtements élégants, l’architecture raffinée, les hôtels de bord de mer, les stations balnéaires et cette impression de liberté sophistiquée qui caractérise l’entre-deux-guerres.

« Nous imaginons cette époque comme plus insouciante », précise-t-il toutefois. « Même si, dans la réalité, la vie était certainement difficile pour beaucoup de gens. »

Pourquoi les femmes sont au cœur de ses tableaux

Dans de nombreuses œuvres de Roy Putt, les véritables protagonistes ne sont pourtant pas les voitures. Ce sont les femmes.

Souvent seules au volant. Souvent accompagnées d’un chien. Toujours élégantes. Toujours mystérieuses.

Et ce choix artistique n’a rien d’anodin.

« Si je peins un homme conduisant une voiture d’avant-guerre, ce n’est qu’un homme qui conduit », explique-t-il. « Mais si je peins une femme au volant, alors il y a une histoire. »

Cette approche s’inscrit dans un contexte historique précis. Après la Première Guerre mondiale, les femmes gagnent progressivement en indépendance sociale et économique. L’automobile devient alors un symbole de liberté nouvelle.

Roy Putt joue avec cette idée dans ses compositions. Qui est cette femme ? Pourquoi voyage-t-elle seule ? Où va-t-elle ? Est-elle heureuse ? Attend-elle quelqu’un ?

Le chien qui accompagne souvent ses héroïnes ajoute lui aussi une dimension narrative supplémentaire.

« Les grands illustrateurs américains comme J. C. Leyendecker ou Norman Rockwell utilisaient souvent les chiens pour symboliser la joie ou la tristesse », rappelle-t-il. « Et puis les gens adorent les chiens dans les tableaux. »

Ses œuvres deviennent alors bien plus que de simples représentations automobiles. Elles évoquent une époque, un état d’esprit et parfois même une certaine idée de l’émancipation féminine.

Voir une voiture autrement

Lorsqu’il observe une automobile, Roy Putt ne voit pas uniquement une mécanique ou une fiche technique.

« Je vois les formes, l’équilibre entre les volumes, le caractère du dessin », explique-t-il. « Je ressens la puissance, la vitesse ou l’élégance qu’exprime le design. Je vois aussi les couleurs et les reflets. »

Une manière de regarder l’automobile qui rappelle à quel point la voiture fut longtemps un objet artistique autant qu’industriel.

L’artiste avoue d’ailleurs rêver lui-même de posséder une voiture ancienne. Parmi ses fantasmes mécaniques figurent notamment une Riley Nine ou une sportive MG des années d’avant-guerre.

En attendant, il préfère observer les réactions du public face à ses œuvres lors des grands concours d’élégance et festivals historiques.

« J’aime me tenir en retrait et écouter ce que les visiteurs disent de mes tableaux », confie-t-il. « J’apprends énormément grâce à leurs réactions. »

Et c’est peut-être là toute la force du travail de Roy Putt : réussir à faire parler les voitures sans jamais les réduire à de simples objets. Son travail est à retrouver ici.




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