La Cadillac qui aurait sauvé un mafieux : l’incroyable histoire derrière le film Casino
Certaines voitures entrent dans l’histoire pour leurs performances. D’autres pour leur design. Et puis il y a cette Cadillac Eldorado de 1981 qui aurait sauvé la vie d’un mafieux de Las Vegas.
L’histoire est devenue célèbre grâce au film Casino de Martin Scorsese. Dès la scène d’ouverture, le personnage incarné par Robert De Niro monte dans sa Cadillac avant qu’une bombe placée sous la voiture ne la transforme en boule de feu. Contre toute attente, il survit.
La raison ? Une mystérieuse plaque d’acier installée sous le siège conducteur.
Du moins, c’est ce que raconte la légende.
Un attentat bien réel
Contrairement à beaucoup d’histoires hollywoodiennes, celle-ci s’appuie sur un fait authentique.
Le 4 octobre 1982, Frank Rosenthal, le véritable homme ayant inspiré le personnage d’Ace Rothstein dans Casino, échappe à une tentative d’assassinat à Las Vegas. Une bombe placée sous sa Cadillac Eldorado explose alors qu’il s’apprête à prendre le volant. Contre toute logique, il survit à l’explosion.
Rapidement, une explication circule : la Cadillac aurait été équipée d’une lourde plaque métallique soudée sous le siège conducteur. Initialement installée par General Motors pour corriger un problème d’équilibrage du véhicule, cette pièce aurait dévié le souffle de l’explosion et protégé l’habitacle.
L’histoire est parfaite. Trop parfaite, peut-être.
Une légende reprise partout
Pendant des décennies, cette version des faits est répétée dans les livres, les documentaires et les articles consacrés à la mafia de Las Vegas.
Le scénario de Casino la reprend presque mot pour mot. Dans le film, le narrateur explique même que De Niro a choisi précisément ce modèle de Cadillac parce qu’il possédait cette fameuse plaque d’acier protectrice.
La Cadillac Eldorado devient alors une sorte de héros involontaire de l’histoire du crime organisé américain.
Pour beaucoup d’amateurs d’automobile, la voiture est aujourd’hui presque aussi célèbre pour cette anecdote que pour son moteur V8-6-4 ou son extravagant niveau de luxe typique du début des années 1980.
Le problème : personne n’a retrouvé cette plaque
En 2021, l’émission américaine Motor MythBusters décide de vérifier l’histoire.
Les animateurs achètent une Cadillac Eldorado Biarritz de 1981 identique à celle de Rosenthal. Ils la démontent, inspectent son plancher et recherchent les archives techniques du constructeur. Résultat : aucune trace de la fameuse plaque d’acier. Les documents consultés chez General Motors ne mentionnent pas non plus une telle modification destinée à corriger un problème d’équilibrage.
Les conclusions de l’enquête sèment le doute sur une histoire que tout le monde considérait pourtant comme acquise.
Plus récemment encore, une enquête publiée en 2026 a relancé le débat. Ses auteurs rappellent que les premiers articles de presse parus après l’attentat ne mentionnaient pas la moindre plaque métallique. Ils avancent une autre explication : Rosenthal n’était peut-être pas encore complètement assis lorsque la bombe a explosé. À l’époque, les figures du crime organisé avaient l’habitude de démarrer leur voiture en restant partiellement à l’extérieur, précisément par crainte d’un attentat.
Alors, mythe ou réalité ?
Aujourd’hui, la vérité reste difficile à établir avec certitude.
D’un côté, de nombreuses sources historiques continuent d’affirmer que certaines Cadillac Eldorado 1981 recevaient effectivement une lourde plaque métallique destinée à corriger un défaut de répartition des masses.
De l’autre, les recherches récentes n’ont trouvé aucun document industriel permettant de confirmer formellement l’existence de cette pièce.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que Frank Rosenthal a survécu à l’un des attentats les plus spectaculaires de l’histoire de Las Vegas. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le rôle exact joué par sa Cadillac dans ce miracle.
Quand une voiture devient une légende
Au fond, cette histoire illustre parfaitement la manière dont naissent les mythes automobiles.
Une Cadillac luxueuse. Un patron de casino lié à la mafia. Une bombe. Un miracle. Puis un film signé Martin Scorsese.
Il n’en fallait pas davantage pour transformer un simple détail technique — réel ou imaginaire — en l’une des anecdotes les plus célèbres de l’histoire automobile américaine.
Quarante-quatre ans après l’explosion, la question continue d’alimenter les débats entre historiens, passionnés de Cadillac et amateurs de films de gangsters. Et c’est peut-être finalement cela qui rend cette Eldorado si fascinante : personne ne sait vraiment si elle a sauvé une vie… mais tout le monde a envie d’y croire.
Il n'y a aucun commentaire
Ajoutez le vôtre