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Susanna « Susy » Raganelli : la championne du monde que l’histoire du sport automobile a presque oubliée

Quand on demande quelle femme a été la première championne du monde en sport automobile, les réponses fusent.

Certaines citent Michèle Mouton, d’autres pensent à Lella Lombardi, plus récemment à Jamie Chadwick.

Toutes ont marqué l’histoire.

Et pourtant… la bonne réponse est une pilote dont le nom est presque inconnu aujourd’hui.

Elle s’appelle Susanna « Susy » Raganelli.

En 1966, l’Italienne devient championne du monde de karting. À ce jour, elle demeure la seule femme à avoir remporté un championnat du monde FIA sur quatre roues face à un plateau entièrement masculin. Un exploit d’autant plus remarquable qu’il a été réalisé à une époque où la place des femmes dans le sport automobile était loin d’être acquise.

Rome, Alfa Romeo… et les premiers tours de roues

Née à Rome en 1946, Susy Raganelli grandit dans un univers où l’automobile occupe déjà une place importante. Son père est concessionnaire Alfa Romeo, une marque qui accompagnera d’ailleurs plusieurs moments forts de sa vie.

À une époque où le karting est en plein essor, elle découvre une discipline encore jeune, mais déjà extrêmement compétitive. Le kart est alors considéré comme la meilleure école pour apprendre à piloter. Les futurs grands noms de la Formule 1 y font leurs armes.

Et Susy va rapidement démontrer qu’elle possède quelque chose de particulier.

Son lien avec Alfa Romeo ne s’arrête pourtant pas à son enfance. Après sa carrière en karting, Susy Raganelli court également au volant d’une Alfa Romeo GTA. Mais un autre épisode va définitivement associer son nom à la marque milanaise : elle devient la première Italienne à acquérir une Alfa Romeo 33 Stradale, l’une des seulement douze voitures produites. Pour une automobile aujourd’hui considérée comme l’une des plus belles et des plus rares de l’histoire, ce détail en dit long sur la place qu’occupait déjà la championne dans l’univers Alfa Romeo.

Battre les meilleurs… tout simplement

Le 25 septembre 1966, sur le circuit d’Amager, près de Copenhague, se dispute le Championnat du monde CIK de karting.

Face à elle, quarante-deux pilotes venus de treize pays.

Parmi eux, un jeune Suédois promis à un immense avenir : Ronnie Peterson.

La course est dominée de bout en bout par l’Italienne.

Meilleur temps, victoires dans les manches qualificatives, puis succès dans les trois finales : elle ne laisse pratiquement aucune chance à ses adversaires et décroche un titre mondial avec autorité. Peterson termine troisième, tandis que Leif Engström prend la deuxième place.

Ce n’est pas une victoire obtenue grâce aux circonstances.

C’est une démonstration.

Une championne… qui dérange

Aujourd’hui, un tel exploit ferait le tour des réseaux sociaux.

En 1966, il provoque surtout des réactions embarrassées.

En Grande-Bretagne, certains acteurs du milieu du karting supportent difficilement de voir une femme battre les meilleurs pilotes masculins. L’histoire raconte même qu’un fabricant d’huile moteur distribue des tee-shirts portant l’inscription : « Ban women drivers from karting » (« Interdisez les femmes pilotes en karting »). Une manière peu élégante d’exprimer une frustration sportive.

Avec le recul, cette anecdote résume parfaitement la performance de Susy Raganelli.

Elle n’a pas seulement gagné.

Elle a bousculé les certitudes d’une époque.

Une carrière étonnamment courte

On pourrait imaginer qu’un tel titre ouvre les portes d’une brillante carrière automobile.

Il n’en sera rien.

Après une nouvelle victoire internationale en 1967, Susy Raganelli quitte progressivement le karting. Elle dispute quelques courses en Grand Tourisme, notamment au volant d’une Alfa Romeo GTA, avant de mettre un terme à sa carrière de pilote. Elle deviendra ensuite le manager de son mari, le pilote italien Giancarlo Naddeo.

Avec le recul, son parcours laisse presque un sentiment d’inachevé.

Que serait-il arrivé si les structures professionnelles actuelles avaient existé à son époque ?

Impossible de le savoir.

Une pionnière toujours seule au sommet

Ce qui frappe le plus aujourd’hui, ce n’est pas seulement son exploit.

C’est qu’il n’a toujours pas été reproduit.

Près de soixante ans après son titre mondial, aucune autre femme n’a remporté un championnat du monde FIA sur quatre roues en compétition directe face aux hommes.

À l’heure où les initiatives visant à favoriser l’accès des femmes au sport automobile se multiplient, le nom de Susy Raganelli mériterait sans doute d’être davantage mis en lumière.

Car bien avant que la question de la place des femmes dans le sport automobile ne devienne un sujet de société, une jeune Italienne avait déjà apporté la plus belle des réponses.

En remportant un championnat du monde.

Simplement parce qu’elle était la plus rapide.




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