Goodwood 2026 : quand Bentley invite un artiste à immortaliser ses voitures plutôt qu’un photographe

Au Festival of Speed de Goodwood, les smartphones crépitent en permanence. Des milliers de photos sont prises chaque minute pour immortaliser les voitures les plus extraordinaires du monde. Bentley a pourtant choisi une approche radicalement différente : confier cette mission à un dessinateur.

Pour l’édition 2026, le constructeur britannique a invité Stefan Marjoram à devenir son artiste en résidence. Durant tout le week-end, il a arpenté les paddocks et les allées du domaine de Goodwood afin de réaliser des illustrations originales mêlant modèles historiques et créations contemporaines de la marque.

Une manière de rappeler que certaines automobiles racontent peut-être mieux leur histoire avec un crayon qu’à travers un objectif.

Dessiner plutôt que photographier

Stefan Marjoram fait partie des illustrateurs automobiles les plus reconnus de sa génération. Pourtant, il évoque son parcours avec une étonnante modestie.

Selon lui, rien ne le prédestinait à cette carrière. À l’école, il ne se considérait même pas comme le meilleur dessinateur de sa classe. Une humilité très britannique qui contraste avec la réputation internationale acquise au fil des années.

À Goodwood, il s’est installé devant plusieurs Bentley afin de les observer pendant de longues minutes avant de tracer les premiers traits de son dessin.

Car, pour lui, tout commence par les proportions.

Avant de s’intéresser aux détails ou aux jeux de lumière, il mesure mentalement les volumes, recherche les bons équilibres et place les principaux repères de la voiture. Ce n’est qu’une fois cette structure en place que le dessin prend véritablement vie.

Une même personnalité à travers un siècle d’automobiles

L’exercice lui a permis de passer sans transition d’une Bentley centenaire à la toute nouvelle Flying Spur S.

Un contraste saisissant qui lui a fait prendre conscience d’un élément commun à toutes les générations de Bentley.

Selon lui, les modèles anciens comme les plus récents dégagent la même présence sur la route, la même assurance et cette posture immédiatement identifiable qui caractérise la marque de Crewe.

Une élégance sportive qui transcende les décennies.

Deux styles pour deux époques

Pour traduire cette évolution, Stefan Marjoram a volontairement adopté deux approches graphiques différentes.

Les modèles contemporains sont traités avec un dessin plus affirmé, jouant sur des contrastes marqués et des reflets très travaillés, dans l’esprit des célèbres illustrations réalisées par les designers américains des années 1950 sur papier noir.

À l’inverse, les Bentley historiques bénéficient d’un rendu beaucoup plus classique, évoquant les dessins au fusain ou à la craie rouge rehaussés de blanc.

Cette opposition met en valeur l’évolution du design automobile tout en conservant une continuité esthétique entre les différentes époques.

L’iPad comme carnet de croquis

Si son travail s’inspire de techniques traditionnelles, Stefan Marjoram réalise aujourd’hui la plupart de ses œuvres sur iPad.

Ce choix n’est pas dicté par la technologie, mais par la possibilité de montrer chaque étape de la création grâce à des animations accélérées.

Les visiteurs peuvent ainsi observer le dessin naître progressivement, depuis les premiers traits parfois hésitants jusqu’aux derniers effets de lumière.

Une manière pédagogique de dévoiler tout le travail caché derrière une illustration qui semble, une fois terminée, presque évidente.

L’héritage d’Aardman Animations

Le style très vivant de certaines de ses illustrations n’est pas le fruit du hasard.

Avant de devenir illustrateur automobile à plein temps, Stefan Marjoram a passé une dizaine d’années chez Aardman Animations, le célèbre studio britannique récompensé à plusieurs reprises aux Oscars et créateur de personnages mondialement connus.

Cette expérience transparaît dans ses dessins, où les voitures semblent presque animées. Les conducteurs prennent parfois des attitudes exagérées et certains modèles paraissent prêts à sortir de la feuille.

Un héritage assumé qui apporte beaucoup de personnalité à ses créations.

Dessiner au milieu des passionnés

Contrairement à un photographe qui passe rapidement d’une voiture à une autre, l’illustrateur reste plusieurs dizaines de minutes devant son sujet.

Cette lenteur favorise naturellement les échanges.

À Goodwood, Stefan Marjoram raconte avoir apprécié les discussions spontanées avec les visiteurs venus observer son travail, notamment les plus jeunes, auxquels il aime transmettre sa passion du dessin.

Pour lui, croquer une automobile directement sur place permet également de faire des choix qu’une photographie impose moins facilement : simplifier certaines formes, accentuer une ligne ou mettre en avant un détail qui raconte la personnalité de la voiture.

Une autre façon de célébrer l’automobile

À l’heure où l’intelligence artificielle génère des images en quelques secondes et où les réseaux sociaux déversent des milliers de clichés chaque minute, Bentley rappelle qu’un simple dessin peut parfois transmettre davantage d’émotion qu’une photographie parfaitement nette.

Le regard de l’artiste ne cherche pas à reproduire fidèlement une automobile : il en capture le caractère.

Et c’est sans doute ce qui explique pourquoi, trente ans après sa première visite au Festival of Speed en tant que simple spectateur, Stefan Marjoram s’y est retrouvé cette année comme artiste officiel de Bentley. Une belle reconnaissance pour celui qui n’avait jamais imaginé faire de son coup de crayon son métier.

 




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