Doriane Pin, la nouvelle étoile Mercedes qui bouscule les codes du sport automobile
Dans un sport obsédé par les trajectoires toutes tracées, Doriane Pin a choisi une autre route. Plus sinueuse. Plus longue, peut-être. Mais aujourd’hui, clairement éclairée par une étoile : celle de Mercedes-AMG Petronas F1 Team.
À 22 ans à peine, la Française est devenue la troisième championne de la F1 Academy, le championnat féminin voulu par Susie Wolff pour ouvrir enfin la filière du monoplace aux femmes. Une consécration sportive, mais surtout un tournant stratégique : début 2026, Mercedes lui confie un rôle de development driver, avec une intégration renforcée au sein de l’écurie de Formule 1 dirigée par Toto Wolff.
Une promotion qui ne doit rien au hasard.
Un parcours à contre-courant
Doriane Pin n’est pas issue du moule classique du monoplace. Là où beaucoup voient l’endurance et le GT comme un plan B après l’échec vers la F1, elle en a fait un socle. Iron Dames, Ferrari Challenge Europe, LMP2 en WEC, ELMS… Autant d’environnements professionnels où elle apprend très tôt la rigueur, la gestion du trafic, l’anticipation et la lecture de course.
« Si tu anticipes davantage, tu es moins surprise. C’est exactement mon approche », résume-t-elle.
Un credo forgé dans les dépassements de GT plus lentes, dans les relais longs, dans la cohabitation avec des pilotes plus expérimentés qui partagent données et méthodes. Une école de maturité qui deviendra son avantage clé en F1 Academy.
De Paul Ricard à la scène mondiale
Son premier vrai contact avec le monoplace remonte à 2019, lors du Volant Winfield à Paul Ricard. À 15 ans, elle partage une F4 lestée avec un certain Isack Hadjar. À l’époque déjà, des observateurs comme Jarno Trulli saluent la propreté de ses trajectoires. Mais la route est encore longue.
Après un passage par les Renault Clio Cup, Doriane Pin explose en 2022 : titre en Ferrari Challenge Europe, débuts en WEC, victoire de classe en ELMS. Puis vient le moment charnière : l’abandon du LMP2 en WEC pour 2024, et le choix assumé de basculer sérieusement vers le monoplace avec Prema, en F1 Academy et en FRECA.
F1 Academy : la maturité comme arme fatale
En 2024, malgré une blessure aux côtes qui l’oblige à lever le pied et à renoncer au Mans, elle termine vice-championne. Une frustration transformée en leçon. En 2025, Doriane Pin revient plus solide, plus posée, plus stratégique.
Pas de pole position. Mais des points à chaque course. Jamais au-delà de la sixième place. Des podiums systématiques. Et surtout, une capacité rare à éviter le chaos.
« Nous avons été les plus intelligents en piste. La maturité compte énormément dans une lutte pour le titre. »
Shanghai, Miami, Singapour, Las Vegas… Autant de courses où elle fait la différence non par l’agressivité brute, mais par le timing, la lecture des opportunités, la prise de risque calculée. Son dépassement par l’extérieur au premier virage à Shanghai, dès la première course de la saison, restera comme un acte fondateur.
Mercedes, plus qu’un badge
Sa nomination comme development driver Mercedes début 2026 n’est pas qu’un titre honorifique. Elle implique du simulateur, du travail technique, une présence accrue avec l’équipe F1, et un rôle de mentor pour la future représentante Mercedes en F1 Academy.
Pour Doriane Pin, l’enjeu est clair : apprendre, comprendre, absorber.
« Ce type de relation avec Mercedes, on ne l’a qu’une fois dans une vie. Tout ce que j’apprends aujourd’hui me servira pour la suite de ma carrière. »
Dans un sport où la technique fait la différence autant que le talent, cette immersion est une arme redoutable.
Une trajectoire qui dit beaucoup plus
Au-delà de son palmarès, Doriane Pin incarne quelque chose de plus large. Une autre manière d’envisager la progression. Moins linéaire, moins formatée, mais profondément moderne. Elle est la preuve que l’endurance, le GT et la monoplace ne s’opposent plus, mais se nourrissent.
Et dans un paddock encore très masculin, elle avance sans forcer le trait, sans discours militant appuyé. Juste avec des résultats. Et une crédibilité technique qui force le respect.
Mercedes ne s’y est pas trompée.
L’étoile brille déjà. Reste à voir jusqu’où elle la mènera.
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