Essai Opel Astra : mais pourquoi tu roules de nuit ?
Récit de conduite (1/2) Une semaine avec l’Opel Astra Hybride • Paris → Ibiza et retour
Samedi soir. 20h. Apéro chez La Baronne.
Laurent est là. Mon ami de Lausanne, celui que je ne vois que trois fois par an. Lui boit du vin. Moi de l’eau pétillante.
— T’es malade ?
— Non. Je conduis dans deux heures. Je pars à Ibiza. En voiture. Avec Victoria.
— Mais pourquoi tu roules de nuit ???
Laurent, je vais te répondre. La réponse va prendre une semaine, 2 500 kilomètres, deux traversées maritimes, et une compacte allemande gris clair garée au Palais Royal.
Ma voiture de rallye, c’est une Alfa Romeo Spider 2000 Coda Tronca de 1976. Bleu nuit, intérieur rouge sang. Deux carburateurs Dell’Orto. Un bruit de bialbero qui monte dans les tours comme un violoncelle qu’on accorde trop vite.
Un ami m’a envoyé un message le matin du départ. J’avais branché le CarPlay dans l’Astra — chose rarissime chez moi. Sa réponse : « Forcément, tu te balades avec des caisses d’un autre millénaire. » Il se reconnaîtra.
Ma Coda Tronca, c’est une conversation avec la route. L’Astra Hybride — 136 chevaux essence plus 28 électriques, 145 « cumulés » — c’est un dialogue avec une machine qui a déjà réfléchi à tout avant toi. Et le truc que je ne m’attendais pas à ressentir : ce n’est pas désagréable. Paris-Ibiza de nuit avec ma fille de 16 ans, ce n’est pas un rallye régularité. C’est un projet. Et un projet, ça demande une voiture qui travaille avec toi.
Les hybrides, j’en ai conduit. Et à chaque fois, le même problème. Pas un problème de voiture — un problème de tête. Ton cerveau se met en mode tableur. Les modes… Tu fais des calculs de merde. Pardonnez le mot, mais c’est exactement ça. Des calculs qui te sortent de la route et transforment la conduite en gestion de flotte.
L’Astra n’échappe pas à la règle. Il m’a fallu trois jours pour comprendre le calcul. Pour décoder ce que la voiture faisait et comment l’accompagner au lieu de lutter contre. Pourtant, on avait déjà essayé de m’expliquer : sur une régularité, on m’a sorti une Alfa Romeo Junior Veloce — une électrique. Le topo gestion de batterie, récupération, autonomie. Mais moi, avec mes carburateurs Dell’Orto dans la tête, ça m’a juste gonflée. Rien retenu.
Sur Ibiza, le déclic. L’île est le terrain parfait pour une hybride. Routes vallonnées, petites distances. Tu montes, tu consommes. Tu descends, tu récupères. Chaque bosse recharge. Budget déplacement : presque rien. 102 km, 57 minutes, 16 % en électrique. Même si, au fond, ça me saoule. Je ne veux pas être une gestionnaire d’énergie. Je veux conduire.
Là où l’Astra m’a surprise : l’autoroute. Le contrôle de distance, le maintien de voie, le freinage d’urgence. Sur l’A75 de nuit, sur l’AP-7 en plein jour — ces aides ne conduisent pas à ta place, mais elles veillent. Quand tu roules depuis douze heures avec ta fille qui dort derrière, savoir que la voiture te rattrapera si tu flanches, ça change tout.

Mon rêve — et je sais que c’est un rêve — c’est qu’un jour l’IA fasse ces calculs à ma place. Qu’elle connaisse mon trajet, la topographie, mon style de conduite. Qu’elle bascule entre électrique et thermique sans me demander, sans m’afficher un graphique, sans me culpabiliser. Aucune voiture ne fait ça aujourd’hui. Mais la marque qui le fera en premier aura compris : la technologie n’est bonne que quand on l’oublie.
L’A75 dans la nuit. Quatre arrêts. Parce que quand tu roules de nuit avec ta fille qui dort, tu ne joues pas.
Et puis les gorges du Tarn. C’est là que Victoria se réveille. Elle a dormi depuis Paris, a émergé à peine deux fois. D’un côté, le brouillard — blanc, épais, qui monte des gorges et te fait penser à la mer. De l’autre, le paysage roux, ocre, cuivré.
— Maman. C’est beau !
Première chose qu’elle dit depuis Paris en rapport avec le paysage.
Le viaduc de Millau. 343 mètres. Je lui raconte les calculs, Norman Foster, Virlogeux, Bouygues. Un ouvrage d’art — et le mot « art » n’est pas de trop.
Perpignan. Le Perthus. L’AP-7 jusqu’à Barcelone qu’on longe sans s’arrêter. « On s’arrête au retour, promis. » Les filles de 16 ans notent tout, surtout les promesses.
La suite dans la deuxième partie : Valencia, le ferry de nuit, Ibiza en février, et le retour par Lyon.
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