La R16 que César n’a jamais montrée
Feu Pierre Cornette de St Cyr était fidèle à tout ce qu’il aimait. Ses amitiés, ses passions, ses artistes. César en faisait partie depuis longtemps. Quand César est mort, en 1998, il y avait chez Pierre un deuil vrai — pas de circonstance.
Pierre disait « mon César ». Deux mots. On entendait tout.
La semaine dernière, un commissaire-priseur que je ne nommerai pas — succession en cours, discrétion demandée — me contacte. Une propriété familiale dans le Var est en cours de liquidation. Dans un hangar agricole, parmi des meubles sous des draps et des caisses jamais ouvertes, son équipe tombe sur quelque chose.
Une Renault 16. Ou ce qu’il en reste.
Compressée. Proprement, délibérément, avec cette signature dans la masse que ceux qui connaissent l’œuvre reconnaissent immédiatement. Pas un accident. Pas une épave. Une compression. Sur le bloc, griffé dans le métal : César 78.
La famille confirme, prudemment, qu’un ami de la maison venait travailler dans ce hangar à cette époque. Qu’il aimait les voitures. Qu’il aimait ce qu’on pouvait faire d’une voiture quand on arrêtait de la traiter comme une voiture.
La pièce n’a jamais été exposée. Jamais répertoriée. Elle n’apparaît dans aucun catalogue raisonné. Elle a dormi là, dans le Var, pendant quarante ans, sous une bâche verte.
César et l’automobile, c’est une histoire longue. BMW en sait quelque chose. Mais une R16 — la voiture de la France des Trente Glorieuses, celle des familles qui croyaient avoir réussi — compressée en bloc dans un hangar du Var, c’est autre chose. Ce n’est pas une provocation. C’est presque une évidence. C’est peut-être pour ça que ça n’a jamais été montré.
La vente de succession suit son cours. La pièce sera expertisée. Je ne sais pas ce qu’il en adviendra — collection privée, institution, dispersion. Je ne sais pas non plus si je reverrai ce commissaire-priseur qui m’a envoyé trois photos floues sur WhatsApp un mardi soir en me disant : je crois que vous êtes la bonne personne à qui montrer ça.
Peut-être.
(Je sais. C’est too good to be true. Continuez quand même.)
Alors Pierre, tu valides ?
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