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Le passage aux 80 km/h : un échec au coût amer pour les départements

Huit ans après la mise en œuvre de la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, le bilan semble sans appel. Initialement instaurée par Édouard Philippe en 2018, cette mesure, qui avait cristallisé la colère des « gilets jaunes », est aujourd’hui largement remise en question. À ce jour, 52 départements ont choisi de faire marche arrière en rétablissant les 90 km/h sur tout ou partie de leur réseau.

Un impact sécuritaire contesté

L’argument principal de la réforme de 2018 était la sécurité routière. Pourtant, sur le terrain, les chiffres peinent à convaincre les élus locaux. Dans l’Eure, par exemple, le passage aux 80 km/h n’aurait réduit la vitesse moyenne des usagers que de 3 km/h. Julien Arpaia, directeur de la mobilité dans ce département, souligne que l’impact sur la mortalité routière n’est pas statistiquement vérifié de manière flagrante par rapport aux investissements consentis.

Une fracture entre monde rural et décisions parisiennes

Pour de nombreux présidents de conseils départementaux, comme Alexandre Rassaërt (Eure), cette limitation a été vécue comme une marque de mépris envers le monde rural. Pour les habitants de ces zones, où la voiture est l’unique moyen de déplacement, perdre « une minute et 32 secondes sur un parcours de 39 km » peut paraître dérisoire sur le papier, mais symbolise une contrainte quotidienne supplémentaire imposée par une vision urbaine de la mobilité.

Le coût du retour aux 90 km/h

Revenir en arrière n’est pas gratuit. Pour rétablir les 90 km/h sur les axes départementaux, les collectivités doivent faire face à des dépenses importantes :

  • Signalisation : Le remplacement des panneaux représente un investissement lourd (plus de 200 000 euros pour certains départements).

  • Études d’accidentalité : Chaque section de route doit faire l’objet d’une analyse rigoureuse pour justifier le relèvement de la vitesse auprès de la commission départementale de sécurité routière.

Vers une gestion à la carte

Aujourd’hui, la France routière est devenue une véritable mosaïque. Tandis que certains départements comme le Cantal ou la Corrèze ont basculé la quasi-totalité de leur réseau à 90 km/h, d’autres optent pour une approche hybride, ne relevant la vitesse que sur les axes structurants les plus sécurisés.

Ce retour progressif aux 90 km/h marque la fin d’une mesure uniforme et illustre la volonté des territoires de reprendre la main sur leur propre gestion de la mobilité.




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