production

On en est où des taxes de Trump ? Ce que la Cour suprême change vraiment pour l’automobile

Depuis plusieurs semaines, la question revient avec insistance dans les cercles économiques… et dans les concessions : que deviennent les taxes douanières imposées par Donald Trump lors de son retour à la Maison-Blanche ? Et surtout, quel impact concret pour l’automobile, secteur historiquement en première ligne dès qu’il est question de commerce international ?

La réponse est tombée, par la voix de la Cour suprême des États-Unis. Et elle rebat sérieusement les cartes.


La Cour suprême dit stop… mais pas à tout

Dans une décision très attendue, la Cour suprême des États-Unis a jugé que le président Donald Trump ne pouvait pas imposer de droits de douane généralisés sur les importations automobiles en s’appuyant sur l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi des années 1970 conçue à l’origine pour répondre à des menaces exceptionnelles.

En clair : les taxes décidées sous ce cadre juridique sur les véhicules et pièces importés du Canada, du Mexique et de la Chine sont illégales. Une majorité de six juges contre trois a estimé que le président s’était octroyé un pouvoir économique trop large, sans autorisation explicite du Congrès.

Une victoire juridique pour les entreprises plaignantes – dont Learning Resources, un fabricant de jouets – mais aussi un signal fort envoyé à l’exécutif américain : le protectionnisme a des limites constitutionnelles.


Automobiles : des remboursements… mais beaucoup d’incertitudes

Sur le papier, la décision est claire : les taxes perçues à tort devront être remboursées. Dans la réalité, c’est une autre histoire. La Cour suprême n’a donné aucune directive sur les modalités pratiques de ces remboursements, laissant aux juridictions inférieures le soin de trancher.

Pour les acheteurs américains ayant payé plus cher une voiture importée en 2025 ou début 2026, l’idée d’un chèque de remboursement fait rêver. Mais dans les faits, les droits de douane sont rarement identifiables ligne par ligne sur une facture client. Ils ont été intégrés aux prix de vente, absorbés partiellement par les constructeurs ou dilués dans les hausses tarifaires des millésimes 2026.

Autrement dit : le consommateur final risque de ne jamais voir la couleur de ce remboursement, même si l’industrie, elle, devrait en bénéficier comptablement.


Ce qui reste taxé : acier, aluminium et cuivre

Attention toutefois à ne pas enterrer trop vite la politique douanière de Trump. La décision de la Cour suprême ne concerne pas les taxes sur l’acier, l’aluminium et le cuivre, toujours en vigueur. Or ces matières premières sont stratégiques pour l’automobile, des structures de caisse aux batteries en passant par les faisceaux électriques.

Résultat : même si les droits de douane sur les véhicules importés reculent, les coûts industriels restent élevés pour les constructeurs opérant en Amérique du Nord.


Un choc économique déjà bien réel

Les chiffres donnent le tournis. Selon le Federal Reserve Bank of New York, le taux moyen de taxation des importations américaines est passé de 2,6 % à 13 % en 2025, au plus fort de la guerre commerciale relancée par Trump.

Pire encore : près de 90 % du coût économique des taxes a été supporté par les entreprises et les consommateurs américains, et non par les pays ciblés. Un constat sans appel qui démonte l’argument politique d’une taxation « payée par l’étranger ».


GM et Ford en première ligne

Dans l’automobile, les grands groupes ont tenté d’amortir le choc… mais pas sans dégâts. General Motors a reconnu que les droits de douane lui avaient coûté entre 3,5 et 4 milliards de dollars en 2025, un chiffre confirmé par sa PDG Mary Barra lors de la présentation des résultats annuels.

Même son de cloche chez Ford Motor Company : 2 milliards de dollars de coûts supplémentaires en 2025, et encore 1 milliard anticipé en 2026, selon son patron Jim Farley.

Stellantis a dû arrêter la commercialisation de sa Dodge Hornet, produite en Italie, et Alfa Romeo a appris a compté le nombre de clients de Tonale, Giulia et Stelvio.

La bonne nouvelle ? Ces projections devraient être revues à la baisse après la décision de la Cour suprême, dès les résultats du premier trimestre 2026.


Et pour l’Europe dans tout ça ?

Vu depuis la France et l’Europe, cette décision est loin d’être anodine. Les constructeurs exportant vers les États-Unis – premium allemands en tête – retrouvent un peu de visibilité dans un marché déjà secoué par l’inflation, l’électrification forcée et la recomposition des chaînes d’approvisionnement.

Mais le message est clair : la politique commerciale américaine reste imprévisible. Et l’automobile, industrie mondialisée par essence, continuera d’en être l’un des premiers baromètres.


En résumé

Oui, une partie des taxes de Trump est juridiquement enterrée. Non, le protectionnisme américain n’a pas disparu. Et pour l’automobile, entre remboursements hypothétiques et coûts matières persistants, la facture finale est loin d’être totalement soldée.




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre