Essai Opel Astra : Ibiza en février, ou l’île qu’on ne vous montre pas
Récit de conduite (2/2) Une semaine avec l’Opel Astra Hybride • Paris → Ibiza et retour
Valencia. On n’était pas venues pour Valencia. On était venues pour Ibiza, et le ferry partait à 22h. Ce qui nous laissait une après-midi dans une ville qu’on ne connaissait pas.
On arrive trop tard pour le centre historique — le Miguelete aperçu de loin, la pierre dorée dans la lumière d’hiver. On se rabat sur le musée d’histoire naturelle, les jardins du Turia, une fanfare sur un pont. Valencia nous donne ce qu’elle peut dans le temps qu’on lui laisse.
19h. C’est là que tout dérape.
Le port de Valencia quand tu ne parles pas espagnol, quand tu es fatiguée, quand tu as roulé depuis Paris, quand les panneaux sont en espagnol et en rien d’autre — c’est un labyrinthe. On tourne. On se perd. On retourne. Les Espagnols klaxonnent comme les Italiens gesticulent : c’est un langage, sauf que moi je ne le parle pas. La fatigue me fait perdre mon calme. Victoria cherche sur son téléphone. Depuis toujours, elle est mon GPS, ma traductrice, mon système de navigation de secours.
On trouve le ferry. Immense. Un type en gilet jaune parle espagnol, fait des gestes. Je ne comprends rien. Mais pour une fois — pour une fois — je le suis. En rallye, les placeurs me connaissent par cœur : je ne les écoute jamais. Esprit de contradiction, inattention, je ne sais pas. Mais ce soir, la fatigue et le fait que cette voiture n’est pas la mienne me rendent docile. Je me sens responsable. L’Astra roule dans la cale — sol bleu, néons blancs — et je fais exactement ce qu’on me dit de faire. Première fois.
On monte sur le pont. Je ne vais pas dormir. J’ai besoin de voir le ferry partir. De sentir le moment où le bateau lâche le quai. Valencia s’allume derrière nous — les grues, la lune, les lumières qui s’étirent sur l’eau. Et les odeurs de la nuit en mer, cette odeur de sel et de fuel et de large que tu ne sens nulle part ailleurs.
Normalement, je suis malade en mer. J’ai pris mon remède homéopathique avant d’embarquer et je ressens à peine la nausée. La Méditerranée est plate, presque complice. Victoria dort dans la cabine. Moi, je reste sur le pont jusqu’à ce que les lumières de la côte disparaissent.
3h du matin. Ibiza. Le haut-parleur, une annonce en espagnol. Les remparts de Dalt Vila en silhouette dans la nuit. Et là, surprise : tout est fluide. Pas de bousculade, pas de panique, pas de klaxons. Si tu as connu les ferrys corses — la pagaille au débarquement, les types qui forcent le passage — ici c’est l’inverse. Peut-être parce qu’on est hors saison. On descend tranquillement. L’Astra démarre en silence et on file vers San José de sa Talaia.
On connaît Ibiza. On y est venues plusieurs fois. Mais février, jamais.

L’Ibiza qu’on vous vend — les clubs, les paillettes, les couchers de soleil à 22 euros — ce n’est pas l’île. C’est le costume. En février, elle l’a enlevé.
Amandiers en fleur. L’herbe d’un vert qu’on ne voit jamais en été. Et les odeurs — le romarin, le pin, la terre humide du matin. Pas la Méditerranée des plages. Celle de l’arrière-pays, celle qui monte des chemins de terre quand les premiers rayons de soleil se lancent.
Cala Bassa le matin, sans personne. La vue est splendide, et elle est à toi. Sunset Ashram en fin de journée — le coucher de soleil le plus célèbre de l’île, avec une poignée de gens au lieu de mille. Et c’est dans ces allers-retours quotidiens — Cala Bassa, Sunset Ashram, les mêmes routes deux fois par jour — que je m’amuse enfin à comprendre l’hybride. Le même trajet, les mêmes bosses, les mêmes descentes. Je compare. J’ajuste. Je regarde le pourcentage grimper. Le jeu remplace la corvée. Ce que l’autoroute ne m’avait pas appris, les petites routes d’Ibiza me l’enseignent à force de répétition. Des routes intérieures sans personne. Des villages blancs. Dalt Vila sans les croisiéristes. Santa Agnès et ses vallées d’amandiers roses.
Victoria bosse ses devoirs. Elle lit. Elle flâne avec moi. Pas de programme, pas d’horaire. On s’arrête quand c’est beau. Et c’est souvent beau.
Ferry retour par Valencia — pas de départ le samedi depuis Barcelone. La promesse non tenue. Victoria ne dit rien, mais elle note. Les filles de 16 ans notent toujours.
Puis la remontée. Valencia, l’AP-7, le Perthus, et l’autoroute qui file vers Lyon.

Lyon. Enfin, Ecully. Il est 9h du matin. On est arrivées en retard à Valencia — retard de Balearia — et la sortie du ferry a été interminable. J’ai conduit toute la nuit.
Patricia ouvre la porte. La marraine de Victoria — et ma pote, pas vue depuis six ans. Elle nous fait un café. On parle. Ses filles, ma fille, ce qu’on fait en ce moment. Six ans à rattraper en deux heures dans une cuisine. On se promet de se revoir jeudi — je redescends en TGV pour un vernissage au MAC de Lyon. Cette fois, pas en voiture.
Je repars direction Paris. Et là, paf : deux accidents sur l’A6. Le genre de fin de voyage qui te rappelle que la route n’est pas un film. J’arrive à Paris à 18h. Vidée.
Paris. Dimanche soir. 2 500 kilomètres. Un viaduc dans les nuages. Une île retrouvée dans une saison qu’on ne lui connaissait pas. Un ferry de nuit qui restera dans ses souvenirs plus longtemps que n’importe quel vol Vueling.
Et une Opel Astra qui a fait tout ça sans broncher. Paris — Baléares et retour.
D’ailleurs, la suite arrive bientôt : Opel me confie la version 2026 restylée. L’occasion de comparer.
Laurent, tu vois. C’est pour ça qu’on roule de nuit.
Et Victoria ? Elle ne dit rien. Elle ne dit jamais grand-chose. Mais en montant les escaliers avec son sac, je lui lance :
— Alors ma fille, la prochaine fois, on va où ?
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