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Mannequins de choc : quand la science rapproche les crash-tests de la réalité

La sécurité automobile progresse souvent dans l’ombre. Derrière les airbags, les carrosseries déformables ou les systèmes d’aide à la conduite se cache un travail scientifique colossal. Et au cœur de cette recherche, il y a… des mannequins.

Pas ceux des vitrines ou des défilés, mais ceux qui affrontent les collisions dans les laboratoires. Depuis quelques années, une nouvelle génération de mannequins dits « biofidèles » révolutionne l’analyse des accidents. Leur objectif : reproduire le plus fidèlement possible le comportement du corps humain lors d’un choc.

Un progrès discret mais essentiel. Car comprendre comment un corps encaisse un impact est l’une des clés pour sauver des vies.

Des crash-tests toujours plus réalistes

Dans l’univers de la sécurité automobile, les mannequins de crash-test ne sont pas une nouveauté. Depuis les années 1950, ils permettent aux constructeurs d’évaluer les conséquences d’un accident sur les occupants d’un véhicule.

Mais ces modèles classiques ont longtemps présenté une limite importante : leur structure, trop rigide, ne reproduit pas parfaitement les réactions du corps humain.

Or, dans un accident, tout se joue en quelques millisecondes. Les forces d’accélération, les compressions et les flexions subies par le corps sont extrêmement complexes. Pour analyser ces phénomènes avec précision, les chercheurs ont donc développé une nouvelle génération de mannequins : les modèles biofidèles.

Un mannequin est qualifié de biofidèle lorsqu’il reproduit au plus près la morphologie, la taille et les propriétés mécaniques du corps humain. Autrement dit, il ne se contente plus d’imiter la silhouette d’un passager : il simule aussi les réactions internes du corps.

Les mouvements, les déformations et les contraintes subies lors d’un impact sont ainsi enregistrés avec une précision inédite.

Prédire les blessures avant qu’elles n’arrivent

L’objectif de cette évolution est clair : mieux comprendre les traumatismes liés aux accidents.

Comme l’explique Karine Bonnet, directrice générale de DEKRA Automotive :

« Le but ultime de cette stratégie de développement des mannequins, c’est la prédictibilité des lésions consécutives à un ou plusieurs chocs grâce aux mesures réalistes enregistrées lors du déroulement d’un accident. »

Autrement dit, ces mannequins permettent d’anticiper les blessures susceptibles d’être causées par un accident donné.

Ce travail ne concerne pas seulement les passagers d’une voiture. Il s’applique aussi à toutes les personnes présentes sur la route : piétons, cyclistes, utilisateurs de trottinettes ou conducteurs de deux-roues.

Une évolution essentielle à l’heure où la mobilité urbaine se diversifie.

Quand les mannequins deviennent presque humains

La différence entre un mannequin classique et un modèle biofidèle est spectaculaire.

Les anciens mannequins possédaient une enveloppe extérieure trop rigide. Lors d’un choc contre une carrosserie, ils pouvaient provoquer des déformations bien plus importantes que celles observées sur un véritable corps humain.

Comme le souligne Andreas Schaüble, chercheur au sein du département de recherche de DEKRA :

« Dotés d’une enveloppe trop rigide et insuffisamment réalistes dans leurs mouvements, ces mannequins provoquent des déformations beaucoup plus importantes qu’un être humain réel lors d’un impact contre un véhicule. »

Les mannequins biofidèles corrigent cette limite.

Leur squelette artificiel reproduit la résistance des os humains face à la rupture. Les tissus synthétiques qui les enveloppent possèdent quant à eux des propriétés pseudo-élastiques proches de celles de notre corps.

Sous l’effet d’un choc, ces matériaux se déforment, absorbent l’énergie puis reprennent leur forme initiale. Ce comportement est essentiel pour simuler fidèlement les réactions physiologiques d’un corps humain.

Résultat : les mesures enregistrées pendant un crash-test deviennent beaucoup plus fiables.

Une révolution pour les usagers vulnérables

Ces avancées sont particulièrement importantes pour l’étude des usagers vulnérables de la route.

Dans les grandes villes, les accidents impliquant des piétons, des cyclistes ou des utilisateurs de trottinettes sont de plus en plus fréquents. Contrairement aux automobilistes, ces personnes ne disposent d’aucune structure protectrice.

Les chercheurs doivent donc analyser avec précision la manière dont le corps entre en contact avec un véhicule.

Grâce aux mannequins biofidèles, les experts peuvent désormais observer l’intégralité de la séquence d’impact : le premier contact avec la carrosserie, la projection du corps, puis la chute au sol.

Ces données permettent de mieux comprendre les mécanismes traumatiques et d’identifier les éléments du véhicule les plus dangereux en cas de collision.

À terme, ces informations peuvent influencer directement le design des voitures : forme du capot, souplesse des pare-chocs ou conception des structures avant.

Comprendre la genèse d’un accident

L’un des apports les plus intéressants de cette technologie concerne l’analyse des accidents eux-mêmes.

En étudiant la manière dont un mannequin est projeté ou déformé lors d’un choc, les experts en accidentologie peuvent parfois reconstituer la dynamique d’un accident.

La position du corps, les zones touchées et les types de blessures permettent par exemple de déterminer d’où venait la victime ou comment elle a été percutée.

Ces analyses sont précieuses pour les enquêtes judiciaires, mais aussi pour améliorer la prévention routière.

Elles ouvrent également la voie à de nouveaux champs de recherche.

Cartographier les blessures pour mieux protéger

L’un des domaines les plus prometteurs concerne l’étude des « schémas de blessure ».

Il s’agit de représenter de manière structurée les lésions subies lors d’un accident en les classant selon leur gravité et leur localisation sur le corps.

Ces analyses s’appuient notamment sur des classifications médicales reconnues, comme les systèmes AIS (Abbreviated Injury Scale) ou IIS, utilisés pour évaluer la gravité des traumatismes.

En croisant ces données avec les informations issues des crash-tests biofidèles, les chercheurs peuvent identifier plus précisément les zones du corps les plus exposées lors d’un accident.

Ces connaissances alimentent ensuite le développement de nouveaux dispositifs de sécurité.

La sécurité automobile, une science en mouvement

L’histoire de l’automobile est souvent racontée à travers ses performances, ses moteurs ou ses designs iconiques. Mais l’un de ses progrès les plus spectaculaires concerne sans doute la sécurité.

En quelques décennies, les crash-tests, les airbags, les ceintures de sécurité ou les structures déformables ont permis de réduire drastiquement la mortalité sur les routes.

Les mannequins biofidèles s’inscrivent dans cette longue évolution.

Ils rapprochent encore un peu plus les simulations de la réalité. Et dans un domaine où chaque détail compte, cette précision peut faire la différence entre une blessure grave et un accident évitable.

Car derrière ces silhouettes artificielles qui encaissent les chocs dans les laboratoires, il y a un objectif très concret : mieux comprendre les accidents pour mieux protéger ceux qui prennent la route.




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