Quand le design textile rencontre l’artisanat industriel : Kasthall et Barber Osgerby à Milan
À chaque édition du Milan Design Week, les grandes maisons du design profitent de l’événement pour dévoiler leurs nouvelles collaborations. En 2026, l’éditeur textile suédois Kasthall y présentera un partenariat inédit avec le studio londonien Barber Osgerby.
De cette rencontre sont nées deux nouvelles collections de tapis : Atlas et Bonbon. Deux créations qui explorent les possibilités de l’artisanat industriel tout en assumant une esthétique claire, graphique et profondément contemporaine.
Un projet qui raconte une chose simple mais essentielle : le design naît souvent de la rencontre entre la matière et la méthode.
Quand les designers écoutent les machines
Le studio Barber Osgerby, fondé à Londres par Edward Barber et Jay Osgerby, est connu pour sa capacité à dialoguer avec les processus industriels. Leur travail couvre aussi bien le mobilier que l’éclairage, les installations artistiques ou les objets du quotidien.
Mais pour cette collaboration avec Kasthall, les designers ont choisi une approche inhabituelle : commencer par observer et écouter.
Plutôt que d’imposer une vision esthétique préconçue, ils se sont rendus dans l’usine de la marque, à Kinna, en Suède, pour comprendre le fonctionnement des métiers à tisser industriels.
Rythme des machines, contraintes techniques, caractéristiques des fils… tout le projet s’est construit autour de ces éléments.
Comme l’explique Edward Barber :
« Nous avons commencé par écouter. Comprendre ce que Kasthall sait faire, ce qui est intrinsèque à leur processus et à leurs machines. Nous voulions que les tapis naissent de ces conditions, et non pas en dépit d’elles. »
Cette approche donne naissance à une collection où le langage visuel découle directement de la structure textile.
Atlas : une topographie textile
La première collection, baptisée Atlas, tire son nom de la chaîne de montagnes nord-africaine.
Le tapis se distingue par une construction à double trame, qui lui confère une texture particulièrement dense et tactile. Les fils s’entrelacent pour créer une surface vivante, aux reliefs subtils et aux variations de teintes.
L’une des particularités du tapis réside dans l’utilisation du fil de chaîne, habituellement invisible, qui devient ici un élément visible de la texture.
Ce détail donne au tapis un effet presque lumineux, comme si la surface vibrait légèrement sous la lumière.
Atlas évoque une forme de paysage textile, une topographie douce où les couleurs semblent se déplacer comme des reliefs.
Le résultat est à la fois discret, sophistiqué et très architectural.
Bonbon : la joie de la couleur
Si Atlas joue la carte de la profondeur et de la texture, la collection Bonbon adopte une approche beaucoup plus expressive.
Le tissage y est plus dense, et la palette de couleurs beaucoup plus audacieuse.
Les tapis déclinent des teintes gourmandes comme Berry, Rhubarb, Lemon ou Damson, superposant différents fils ton sur ton pour créer de la profondeur.
Jay Osgerby résume l’esprit de la collection avec humour :
« C’est un tapis qui évoque la joie. Une couleur presque comestible. »
Les finitions jouent également un rôle important. Les tapis Bonbon se terminent par une bordure bouclée réalisée avec trois navettes, ce qui donne à l’ensemble une finition très précise, presque couture.
L’effet est volontairement ludique. Selon Edward Barber, ce tapis pourrait même être parfait pour une chambre d’enfant, apportant une touche d’énergie dans les espaces domestiques.
L’art du tissage revisité
Pour Mirkku Kullberg, directrice générale de Kasthall, cette collaboration marque une étape importante dans l’histoire de la marque.
Elle y voit à la fois une nouvelle direction créative et un retour aux fondamentaux de l’entreprise.
Le projet a notamment permis de redéfinir une question simple : qu’est-ce qu’un tapis aujourd’hui ?
Dans un monde dominé par les surfaces lisses et les matériaux industriels, le textile retrouve une place particulière dans l’architecture intérieure. Il apporte chaleur, texture et profondeur aux espaces.
Et dans cette recherche d’équilibre entre modernité et savoir-faire, les tapis Atlas et Bonbon illustrent parfaitement la capacité du design à faire dialoguer artisanat et industrie.
Un lancement attendu à Milan
Les deux collections seront dévoilées officiellement lors de la Milan Design Week 2026, l’un des événements les plus influents du monde du design.
Elles seront ensuite disponibles à partir du 20 avril 2026 dans les boutiques Kasthall, sur le site de la marque et chez certains partenaires.
Pour Barber Osgerby comme pour Kasthall, cette collaboration s’inscrit dans une démarche plus large : réinventer les objets du quotidien en explorant leurs matériaux, leurs processus de fabrication et leur rôle dans nos intérieurs.
Quand le design raconte une histoire de matière
Dans un salon du design, les voitures conceptuelles attirent souvent les regards. Mais les tapis, les textiles et les objets du quotidien racontent une autre histoire.
Une histoire plus silencieuse, faite de gestes, de machines et de matières.
Avec Atlas et Bonbon, Kasthall et Barber Osgerby rappellent une chose essentielle : le design ne consiste pas seulement à inventer des formes.
Il consiste aussi à comprendre les outils qui les rendent possibles.
Et parfois, les plus belles idées naissent simplement en observant le rythme d’un métier à tisser.
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