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Rallye carto “Boucles Ferronnoises” : se perdre en Alfa Romeo Junior Veloce pour mieux savourer la route

Il existe mille façons de vivre l’automobile. Certaines sont dictées par la performance pure, d’autres par le voyage. Et puis il y a ces disciplines plus confidentielles, presque initiatiques, où le plaisir naît autant de l’erreur que de la précision. Le rallye cartographique fait partie de celles-là. Et aux “Boucles Ferronnoises”, j’en ai mesuré toute la richesse… et toute la complexité.

Au départ, pourtant, rien ne laissait présager une telle aventure. 67 équipages engagés, une catégorie Expert relevée, et un parcours annoncé d’environ 120 kilomètres. Sur le papier, une belle journée de navigation. Dans la réalité, une toute autre histoire.

Une Alfa Romeo Junior Veloce comme complice

Pour cette édition, j’ai pris le volant de l’Alfa Romeo Junior Veloce. Un choix qui peut surprendre dans ce type d’épreuve, souvent dominée par des modèles plus anciens, mais qui s’est révélé particulièrement intéressant.

Silencieuse, précise, presque intuitive dans sa conduite, elle a offert un contraste saisissant avec la complexité des itinéraires à déchiffrer. Car ici, la difficulté ne réside pas dans la vitesse, mais dans la capacité à lire, interpréter… et parfois deviner.

120 km sur le papier, plus de 200 km en réalité

C’est toute la magie — et la cruauté — du rallye carto. Le parcours théorique affichait 120 kilomètres. Mais entre les erreurs, les hésitations, les demi-tours autorisés (dans le bon sens !) et les portions à reconstituer, nous avons largement dépassé les 200 kilomètres.

Chaque carrefour devient une interrogation. Chaque panneau, un indice potentiel. Et chaque erreur, un détour parfois long… très long.

Il faut accepter de se perdre. Mieux : il faut apprendre à en faire une stratégie.

Les pièges du roadbook

Aux “Boucles Ferronnoises”, les organisateurs n’ont pas manqué d’imagination. Parmi les difficultés rencontrées, certaines séquences relevaient presque du casse-tête pur. Mention spéciale à ce passage en… binaire.

Oui, du binaire. Une suite de 0 et de 1 à traduire en indications routières. Sur le moment, la logique semble accessible. Mais sous la pression, avec d’autres équipages autour qui cherchent eux aussi la solution, tout devient confus.

Et c’est là que le rallye prend une dimension presque psychologique. Faut-il persister ? Revenir en arrière ? Abandonner la portion pour préserver le reste du parcours ?

Nous avons parfois fait ce choix : laisser tomber certaines zones trop piégeuses pour avancer. Une décision frustrante, mais souvent nécessaire. Et quand la note suivante indique C4G, soit un carrefour de quatre routes où il faut prendre à gauche, alors qu’il n’y a pas de carrefour qui y ressemble devant le capot, c’est qu’on est bien plantés ! On recommence, pas de carrefour. On recommence en tentant de réfléchir différemment, pas de carrefour. Là, on sait qu’on sera loin au classement !

Une étrange chorégraphie sur la route

L’une des images les plus marquantes reste celle de ces routes où les voitures semblaient évoluer dans tous les sens… ou presque.

Car attention : même dans le doute, une règle reste intangible — ne jamais rouler à contre-sens. Pourtant, voir plusieurs équipages hésiter, ralentir, s’arrêter, repartir, crée une atmosphère unique. Une sorte de ballet mécanique où chacun cherche la bonne trajectoire, sans jamais être sûr de lui.

L’importance du copilote

Dans ce type d’épreuve, le copilote n’est pas un simple passager. C’est le cerveau de l’équipage. Celui qui lit, interprète, anticipe. Et aux Boucles Ferronnoises, le niveau était impressionnant.

Certains équipages semblaient presque intouchables, avec une fluidité dans la navigation qui force le respect. Il y a de véritables spécialistes du rallye cartographique, et des copilotes dont la réputation dépasse largement le cadre de l’épreuve.

On comprend vite pourquoi ils sont tant convoités. Mais ne croyez pas que les meilleurs avancent facilement sur le parcours. Les meilleurs tournent, tournent et tournent encore pour valider leurs choix.

Une compétition… mais surtout un partage

Malgré l’intensité, l’ambiance reste incroyablement conviviale. Les échanges entre concurrents, les discussions à l’arrivée, les anecdotes partagées sur les pièges rencontrés… tout cela fait partie intégrante de l’expérience.

Il n’y a pas cette tension que l’on retrouve dans d’autres disciplines. Ici, la compétition existe, bien sûr, mais elle cohabite avec une forme de camaraderie rare.

Un classement révélateur

Au terme de cette journée, nous terminons 8e en catégorie Expert. Et le classement final montre l’ambiance générale. La victoire revient à une Renault Twingo R.S., devant une Toyota Corolla de 1980. Un résultat qui résume parfaitement l’esprit du rallye carto : ici, la machine compte moins que la capacité à lire la route.

Une autre façon d’aimer l’automobile

Les “Boucles Ferronnoises” rappellent une chose essentielle : l’automobile n’est pas qu’une affaire de performance ou de technologie. C’est aussi un terrain de jeu intellectuel, une aventure humaine, un moment de partage.

Se perdre, douter, recommencer… et finalement trouver. Ou parfois ne pas trouver, mais avancer quand même.

C’est peut-être ça, au fond, le vrai plaisir de conduire.




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