Au Japon, ce musée préserve des voitures encore plus petites que les kei cars
Quand on pense aux petites voitures japonaises, ce sont immédiatement les kei cars qui viennent à l’esprit. Avec leurs dimensions réduites, leurs moteurs de 660 cm³ et leur incroyable ingéniosité, elles constituent depuis des décennies une réponse parfaitement adaptée aux contraintes urbaines de l’archipel.
Mais les kei cars ne sont pas les plus petites automobiles que le Japon ait connues.
Dans la préfecture de Wakayama, à environ deux heures de route d’Osaka, un discret musée raconte l’histoire d’une catégorie de véhicules presque tombée dans l’oubli : les microcars de 50 cm³. Installé dans une ruelle de la petite ville de Kainan, le Wazuka Micro Car Museum est devenu le refuge de ces étonnantes machines, grâce à la passion d’un seul homme : Kaoru Hasegawa.
Quand une voiture pouvait se conduire avec un permis de cyclomoteur
Pour comprendre l’existence de ces véhicules, il faut remonter à l’après-guerre.
En 1949, le Japon crée une nouvelle catégorie de véhicules légers afin d’accélérer la motorisation du pays tout en limitant les coûts de production. Ces premières voitures, dotées de petits moteurs de 150 cm³, donneront naissance quelques décennies plus tard aux célèbres kei cars.
Mais à la fin des années 1970, certains constructeurs vont pousser le concept encore plus loin.
Ils imaginent des microcars équipées de moteurs de seulement 50 cm³, souvent empruntés à des cyclomoteurs. Leur principal argument n’est pas la performance, mais la réglementation : elles peuvent être conduites avec un simple permis de deux-roues, bien plus facile et moins coûteux à obtenir qu’un permis automobile.
Pour de nombreux Japonais, elles deviennent une alternative idéale au scooter. Elles protègent de la pluie, offrent un peu de chauffage et permettent de transporter quelques courses sans difficulté.
Les débuts insolites de Mitsuoka
Parmi les constructeurs qui se lancent dans cette aventure figure un nom aujourd’hui bien connu des amateurs d’automobiles atypiques : Mitsuoka.
Avant de produire les extravagantes Viewt, Orochi ou Buddy, le constructeur fait ses premiers pas dans l’univers des microcars.
L’histoire commence presque par hasard. À la fin des années 1970, le fondateur Susumu Mitsuoka tente de réparer une Casalini Sulky, une petite voiturette italienne importée au Japon. Faute de pièces détachées, il décide finalement de construire son propre modèle.
En 1982 apparaît la Mitsuoka Bubu Shuttle 50.
Avec ses trois roues, son monocylindre de 50 cm³ et sa silhouette plus proche d’un scooter caréné que d’une automobile, elle ne ressemble à rien de connu. Sa largeur est si réduite que certains propriétaires racontent pouvoir la rentrer directement dans leur maison en passant par la porte d’entrée.
Plus étonnant encore, elle est pensée pour accueillir un fauteuil roulant grâce à une porte arrière et à des rampes amovibles.
Quelques années plus tard arrivent la Bubu 501, équipée d’un véritable volant, puis la spectaculaire Bubu 505-C, dont le style évoque une Morgan britannique miniature, comme si un roadster des années 1930 avait été réduit au quart de son échelle.
Des voitures considérées comme jetables
À l’époque, personne n’imagine que ces engins deviendront des objets de collection.
Ils sont achetés comme des outils du quotidien, destinés à parcourir quelques kilomètres avant de finir à la casse.
Comme l’explique Kaoru Hasegawa, « personne ne pensait à les conserver ». Cette absence d’intérêt explique leur extrême rareté aujourd’hui.
Une simple modification de la loi a tout changé
La carrière commerciale des microcars sera pourtant très courte.
À la fin des années 1980, la réglementation japonaise évolue. Désormais, un véritable permis automobile devient obligatoire pour conduire ces voiturettes.
Leur principal avantage disparaît instantanément.
Face aux kei cars, plus confortables, plus sûres et capables de transporter une famille, les microcars n’ont plus aucun avenir commercial.
Les usines ferment rapidement et la plupart des exemplaires sont abandonnés dans des garages ou détruits.
La passion d’un collectionneur
C’est précisément l’une de ces épaves que découvre Kaoru Hasegawa il y a une trentaine d’années.
Derrière un garage de campagne, il tombe sur une ancienne microcar oubliée. Il décide de la restaurer, puis commence à rouler avec.
Très vite, il remarque que ce minuscule véhicule attire tous les regards.
Les passants sourient, viennent poser des questions et prennent des photos. Cette réaction marque le début d’une véritable passion.
Au fil des années, Hasegawa rassemble plus d’une douzaine de modèles particulièrement rares. Sa collection mêle les productions de Mitsuoka à quelques microcars européennes importées au Japon, comme les Casalini Sulky ou les étonnantes All Cars Snuggy Charly.
Face à l’intérêt grandissant suscité par ses publications sur les réseaux sociaux, il décide finalement d’ouvrir le Wazuka Micro Car Museum.
Un musée à taille… de microcar
Le musée est installé dans un modeste garage dont chaque mètre carré est exploité.
À l’étage, les visiteurs découvrent une impressionnante collection de brochures, de miniatures, de catalogues et de documents d’époque retraçant l’histoire de ces voitures oubliées.
L’ambiance y est familiale, loin des grands musées automobiles.
Ce qui frappe surtout, c’est le capital sympathie de ces minuscules véhicules. Avec leur vitesse maximale oscillant généralement entre 60 et 75 km/h, ils ne feront jamais concurrence aux sportives japonaises qui ont fait la réputation du pays.
Pourtant, lorsqu’une Bubu 505-C ou une Casalini Sulky traverse une rue japonaise, elle attire souvent davantage de regards qu’une Ferrari ou une Lamborghini.
Comme quoi, dans le monde automobile, la taille ne fait pas toujours la fascination.
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