Normes, fiscalité : pourquoi le marché automobile français traverse une crise sans précédent
Le marché automobile français n’a jamais vraiment retrouvé son rythme d’avant la pandémie. Mais pour les principaux représentants de la filière, la situation actuelle ne s’explique plus seulement par les difficultés économiques ou l’inflation. Une étude réalisée par le cabinet Roland Berger à la demande de la Plateforme Automobile (PFA), Mobilians, Sesaml et Avere-France estime que l’accumulation des réglementations et des taxes est devenue un frein majeur au renouvellement du parc automobile.
Des voitures toujours plus chères
Les chiffres sont éloquents. Entre 2019 et 2025, le prix moyen d’une voiture neuve en France est passé de 21 811 à 29 370 euros, soit une hausse de 34 %. Dans le même temps, le marché est tombé de 2,2 millions à environ 1,6 million d’immatriculations annuelles, un niveau historiquement faible.
Pour les auteurs de l’étude, cette inflation ne résulte pas uniquement de la stratégie commerciale des constructeurs. Les nouvelles obligations réglementaires, l’électrification des gammes, les équipements de sécurité imposés par l’Union européenne et la multiplication des dispositifs fiscaux contribuent fortement à renchérir le coût des véhicules.
Des normes qui transforment les voitures
Les réglementations européennes ont considérablement fait évoluer les automobiles ces dernières années. Freinage automatique d’urgence, maintien dans la voie, surveillance de l’attention du conducteur, enregistreur de données ou encore préparation aux futures normes Euro 7 : autant d’équipements qui améliorent la sécurité mais augmentent également les coûts de développement et de production.
À cela s’ajoute l’électrification. Les batteries représentent toujours une part importante du prix d’un véhicule électrique, tandis que les systèmes électroniques embarqués sont de plus en plus nombreux.
Résultat : les constructeurs privilégient les segments les plus rentables afin d’amortir ces investissements, au détriment des petites voitures abordables. Plusieurs citadines emblématiques ont ainsi disparu du marché ces dernières années.
Une fiscalité jugée instable
L’étude pointe également une fiscalité française devenue particulièrement complexe.
Le malus CO₂, le malus masse, la taxation des véhicules d’entreprise, les modifications répétées des avantages en nature ou encore les changements concernant les aides à l’achat créent un climat d’incertitude qui décourage aussi bien les particuliers que les entreprises.
Selon Mobilians, cette instabilité entraîne un attentisme des acheteurs, qui préfèrent repousser leur décision plutôt que d’investir dans un véhicule dont la fiscalité pourrait évoluer quelques mois plus tard.
Un parc automobile qui vieillit
Paradoxalement, cette politique pourrait ralentir la décarbonation du parc roulant.
Faute de pouvoir accéder à des véhicules neufs devenus trop coûteux, de nombreux automobilistes conservent leur voiture plus longtemps. Le parc français continue donc de vieillir, retardant l’arrivée de modèles plus sobres, hybrides ou électriques.
Les professionnels rappellent que chaque véhicule neuf remplace généralement une voiture plus ancienne et plus polluante. Si les ventes diminuent, ce renouvellement naturel ralentit mécaniquement.
Les entreprises également pénalisées
L’étude insiste également sur la situation des flottes professionnelles.
Les loueurs longue durée, les entreprises et les sociétés de location courte durée jouent un rôle essentiel dans le renouvellement du parc automobile français. Leurs véhicules alimentent ensuite le marché de l’occasion, permettant à davantage de ménages d’accéder à des modèles récents.
Or, selon les organisations professionnelles, l’alourdissement de la fiscalité réduit fortement leur capacité d’investissement et menace ce cercle vertueux.
Les acteurs de la filière réclament un changement de cap
Les organisations commanditaires ne demandent pas un abandon des objectifs environnementaux. Elles plaident plutôt pour davantage de stabilité et des mesures davantage incitatives que punitives.
Parmi les pistes évoquées figurent :
- une simplification de la fiscalité automobile ;
- une meilleure visibilité sur plusieurs années ;
- le retour de dispositifs favorisant le renouvellement du parc ;
- des aides davantage orientées vers les ménages modestes et les véhicules d’occasion récents.
Le débat intervient alors que l’industrie automobile européenne fait face à une concurrence internationale de plus en plus intense, notamment sur le véhicule électrique.
Une équation complexe
La question dépasse finalement le seul secteur automobile. Comment accélérer la transition énergétique tout en maintenant des véhicules financièrement accessibles pour les ménages ?
Les pouvoirs publics mettent en avant la nécessité de réduire rapidement les émissions de CO₂. Les industriels, eux, estiment que l’empilement des normes et des taxes produit désormais l’effet inverse : des voitures plus chères, des ventes en baisse et un parc qui vieillit.
L’étude de Roland Berger relance ainsi un débat de fond sur l’équilibre à trouver entre ambition environnementale, compétitivité industrielle et pouvoir d’achat, alors que le marché français reste l’un des rares grands marchés européens à ne pas avoir retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire.
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