Sarah Bovy : « Mon objectif est de revenir aux 24 Heures du Mans, mais en tant que pilote »
Longtemps figure incontournable du projet Iron Dames, victorieuse de catégorie en Championnat du monde d’Endurance (WEC), consultante pour Automoto sur TF1 et Grand Marshal des dernières 24 Heures du Mans, Sarah Bovy n’a pourtant jamais perdu de vue son objectif principal : courir. À 36 ans, la pilote belge prépare déjà son retour au Mans avec une détermination qui a façonné toute sa carrière. Son parcours est celui d’une passion née par hasard, entretenue malgré les difficultés financières et les nombreux obstacles qui jalonnent le sport automobile. Elle a tout raconté à Sport Auto.
Une vocation née… sur une fête foraine
Rien ne destinait Sarah Bovy au sport automobile. Bien au contraire.
« À la base, les voitures ne m’intéressaient pas du tout. Je ne comprenais pas le concept de tourner en rond sur un circuit », raconte-t-elle avec le sourire.
Son père, ancien pilote Quirin Bovy, suivait les Grands Prix de Formule 1 à la télévision durant les années de domination de Ferrari, sans réussir à transmettre sa passion à sa fille.
Le déclic survient pourtant à l’adolescence, presque par hasard. Lors d’une fête foraine à Huy, Sarah s’essaie à un petit circuit équipé de moteurs de tondeuses à gazon. Son coup de volant attire immédiatement l’attention d’un ami de son père. Quelques jours plus tard, elle découvre le karting de loisir.
Cette première expérience change sa vie.
« En rentrant à la maison, j’ai dit à mon père : « Je veux devenir pilote automobile. » »
Une passion plus forte que les moyens financiers
Contrairement à de nombreux pilotes professionnels, Sarah Bovy ne bénéficie pas d’un environnement particulièrement favorisé.
Ses parents peinent à financer les premières saisons de karting. Là où certains concurrents disputent une trentaine de courses par an, elle n’en effectue que sept ou huit.
Le budget est constitué grâce à de petits sponsors locaux.
Son père multiplie également les tests pour vérifier que cette passion est réelle : départs au petit matin, roulage sous la pluie, dans le froid…
Sarah ne renonce jamais.
« J’étais toujours prête un quart d’heure en avance », se souvient-elle.
Cette détermination convainc rapidement son entourage.
Une carrière construite au fil des opportunités
Après le karting, Sarah tente sa chance lors de la sélection de la Formule Renault Academy belge.
Elle termine troisième sur près de 3 000 candidats.
Un excellent résultat… mais insuffisant pour décrocher la bourse réservée aux deux premiers.
La suite de sa carrière se construit alors grâce à des opportunités de dernière minute.
Quelques courses en Formule Renault, des engagements ponctuels, puis un travail dans le marketing afin de financer sa passion. Elle devient même chasseuse de têtes avant de rejoindre Lamborghini Squadra Corse comme instructrice lors des événements clients.
Pendant plusieurs années, elle partage son temps entre son métier et quelques courses.
« Il y a eu énormément de week-ends où j’arrivais sur un circuit en pensant que ce serait probablement ma dernière course. »
Le traumatisme des 24 Heures de Spa
En 2008, Sarah Bovy participe aux 24 Heures de Spa sur une Gillet Vertigo.
À seulement 18 ans, elle devient la plus jeune pilote de l’histoire de l’épreuve et la seule femme engagée cette année-là.
Mais la course tourne au cauchemar.
Après seulement trois tours de son premier relais, elle termine dans le mur.
L’accident est diffusé en direct à la télévision.
« Pendant des années, cela a été un véritable traumatisme. »
Cette erreur, largement médiatisée, marque durablement ses débuts dans le paddock.
Iron Dames, le tournant de sa carrière
Le véritable changement intervient en 2021.
Alors que la pandémie de Covid-19 met un coup d’arrêt à sa carrière, Sarah envisage même une reconversion… dans le toilettage canin.
Puis elle découvre une annonce d’Iron Dames recherchant une pilote.
Comme elle l’a fait des centaines de fois auparavant, elle envoie simplement un e-mail.
Le soir même, le téléphone sonne.
Quelques jours plus tard, elle rejoint l’équipe à Barcelone aux côtés d’une jeune Doriane Pin.
Iron Dames lui offre enfin un environnement professionnel complet : ingénieurs, pneus neufs, structure de haut niveau.
Même si le Covid l’empêche de participer à sa première course avec l’équipe, une seconde chance lui est rapidement offerte.
Quelques mois plus tard, elle apprend qu’elle disputera les 24 Heures du Mans.
Première victoire historique en WEC
L’un des sommets de sa carrière reste la victoire aux 8 Heures de Bahreïn 2023 avec Michelle Gatting et Rahel Frey.
Le trio Iron Dames remporte la catégorie LMGTE Am et devient le premier équipage entièrement féminin à s’imposer dans une manche du Championnat du monde d’Endurance.
« En sport automobile, gagner une course a une signification incomparable. »
Cette victoire récompense plusieurs saisons passées à jouer les premiers rôles sans parvenir à concrétiser.
Une Porsche 911 RSR gravée dans sa mémoire
Parmi toutes les voitures qu’elle a pilotées, Sarah Bovy conserve une affection particulière pour la Porsche 911 RSR.
Selon elle, cette GTE représentait l’une des GT les plus exigeantes de sa génération.
Sans ABS, dotée d’un important appui aérodynamique, elle demandait une finesse de pilotage que les GT3 actuelles n’imposent plus de la même manière.
C’est également à son volant qu’Iron Dames a décroché son titre de vice-champion du monde.
Une nouvelle visibilité grâce à TF1
Depuis plusieurs mois, Sarah Bovy est également l’une des essayeuses de l’émission Automoto sur TF1.
Un rôle qu’elle accueille avec enthousiasme.
Elle raconte regarder cette émission depuis son adolescence et apprécie aujourd’hui de faire partie d’une équipe de passionnés.
Cette exposition médiatique lui vaut désormais d’être régulièrement reconnue dans la rue, jusque dans les stations-service ou les supermarchés.
Le Mans reste son objectif
Si son rôle de Grand Marshal lors des dernières 24 Heures du Mans pouvait laisser penser à une retraite sportive, Sarah Bovy balaie immédiatement cette idée.
Le changement de programme d’Iron Dames l’a contrainte à revoir ses plans, mais certainement pas à abandonner la compétition.
Elle continue de courir en GT2 avec une Porsche 911 GT3 Cup aux couleurs d’Iron Dames et prépare déjà la saison 2027.
Son ambition est parfaitement claire :
revenir aux 24 Heures du Mans… cette fois au volant.
Pour celle qui est passée d’une fête foraine belge au plus grand championnat d’endurance du monde, abandonner n’a jamais fait partie du vocabulaire.
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