À Naples avec Alfa Romeo : Tricotage 3D, carbone et confidences

presentation Alfa Romeo Edizione Luna Rossa a Naples avec eclairage rouge

Entre le concert de klaxons du front de mer napolitain et les scooters qui vous rasent les portières à contre-sens, le décor a de quoi surprendre pour dévoiler une série spéciale taillée pour les régates de l'America’s Cup. Mais chez Alfa Romeo, le sens de la scène ne s'embarrasse pas de demi-mesures. Dans un hangar à bateaux baigné de lumière rouge sombre, la marque au trèfle est venue célébrer ses noces avec Luna Rossa, le défi maritime de la maison Prada.

Loin d'un simple coup de tampon publicitaire pour meubler l'hiver, le constructeur milanais décline la livrée sur ses quatre silhouettes : Junior, Tonale, Giulia et Stelvio. Avec, en coulisses, un vrai parti pris industriel. Entre ses quatre nouvelles voitures, Eugenio Franzetti, le responsable marketing de la marque, m'a raconté pourquoi sa marque avait choisi ce cap.

Du court de tennis aux foils en carbone

Quand on lui demande pourquoi aller chercher un monocoque à foils plutôt qu'un énième parrainage sur circuit, Franzetti balaie l'objection d'un revers de main :

« Nous avons épluché les centres d'intérêt réels de nos clients. Trois univers sortent systématiquement du lot : le tennis, la compétition automobile et la voile. Dans les deux premiers, nous avons déjà donné. Si nous devions mettre un pied sur l'eau, il fallait le faire au sommet, là où la technologie flirte avec l'aérospatiale. En Italie, au-dessus de Luna Rossa, il n'y a rien. C'est l'équivalent de la Scuderia sur l'eau. »

Sur la carrosserie, le résultat se traduit par une teinte gris tempête piquée aux gilets de sauvetage des skippers, rehaussée du liseré écarlate de Prada. Mais la véritable curiosité se découvre en ouvrant la portière des deux plus petits gabarits.

La méthode basket sur les sièges du Junior

Sur le Junior et le Tonale, les stylistes d'Arese ont chipé une recette bien connue des équipementiers de running : le tricotage 3D (3D Knit). Une première industrielle au sein du groupe Stellantis. L'assise n'est pas un assemblage de morceaux de tissu découpés puis recousus : elle est tricotée d'un seul bloc par une machine guidée par ordinateur, à l'aide d'un fil continu. Zéro chute de tissu à la poubelle en fin de chaîne, et un rendu au toucher qui rappelle la texture technique d'une combinaison de marin. C'est surprenant pour un siège automobile, mais très agréable quand on le touche et qu'on s'installe à bord.

Côté moteurs, le Junior ratisse large : hybride de 145 chevaux (disponible en simple traction ou avec la transmission intégrale Q4) et variante purement électrique de 156 chevaux. Le Tonale, lui, conserve son offre éclectique, du modeste diesel de 130 chevaux jusqu'à l'hybride rechargeable de 270 chevaux.

Giulia et Stelvio : Le stock de pièces de la Quadrifoglio

Sur la berline et le grand SUV, l'approche est nettement plus brutale. Pas de textile tricoté : ici, on fait les fonds de tiroir du département compétition.

La Giulia Luna Rossa hérite directement de la lame avant aérodynamique, des bas de caisse et du béquet arrière en carbone brut de la féroce version Quadrifoglio. Même traitement pour les coques de rétroviseurs et les jantes sombres (19 pouces sur la berline, 21 sur le Stelvio) qui laissent deviner les étriers Brembo peints en rouge vif. Dans l'habitacle, le cuir pleine fleur s'acoquine avec l'ECONYL®, ce nylon technique tissé à partir de vieux filets de pêche récupérés en mer. Là encore, c'est extrêmement valorisant quand on s'installe à bord.

Sous le capot en revanche, point de V6 biturbo : Alfa joue la carte du gros rouleur en retenant son 2,2 litres turbodiesel, calibré à 160 chevaux en propulsion ou 210 chevaux avec le système Q4. Correction : il y a bien une version avec le V6 biturbo de 520 chevaux de la Quadrifoglio, mais les dix châssis qui seront livrés en novembre ont déjà tous été vendus.

Des simulateurs de F1 aux calculs de dériveurs

Derrière l'habillage des concessions, Franzetti insiste sur les échanges d'ingénieurs entre Milan et la base nautique de Cagliari :

« On est très loin du simple logo collé sur une aile. Nos équipes travaillent en permanence sur la simulation numérique des flux d'air et le traitement de données en temps réel. Ce sont exactement les mêmes algorithmes qui régissent le vol d'un bateau sur ses foils à 50 nœuds et l'appui aéro d'une berline sur la piste de Balocco. Nous partageons désormais nos modèles mathématiques et certains systèmes de contrôle de trajectoire. »

Reste la question du grand écart permanent : comment faire cohabiter dans le même showroom un Junior à 25 000 euros assemblé en Pologne et la très exclusive 33 Stradale vendue plusieurs millions d'euros ? Franzetti sourit :

« C'est précisément la force de ce blason. Peu de marques peuvent assumer d'avoir une porte d'entrée populaire et un chef-d'œuvre artisanal à l'autre bout de la chaîne sans perdre leur crédibilité. La condition, c'est que l'ADN dynamique reste intact, du premier au dernier centimètre de tôle. »

Les commandes sont ouvertes, mais il faudra s'armer d'un peu de patience : si les clients italiens seront servis dès novembre, les premiers exemplaires français ne débarqueront dans les concessions qu'au milieu du mois de janvier.

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