L'administration Trump veut créer des « Freedom Cars » : des voitures sans connexion ni aides à la conduite imposées

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Le projet d'une Freedom Car va-t-il révolutionner nos habitudes au volant ? Alors que l’industrie automobile mondiale ne jure plus que par les écrans géants, la 5G embarquée et une avalanche d'aides électroniques qui bipent au moindre écart, l’administration américaine choisit de braquer à contre-courant.

Sous l'impulsion de Sean Duffy, secrétaire américain aux Transports nommé par Donald Trump, Washington pousse pour instaurer un véritable « droit à conduire des véhicules déconnectés et non automatisés ». Baptisée Freedom Car, cette initiative ne désigne pas un modèle de série précis, mais un projet de loi destiné à libérer les automobilistes de la surveillance numérique et des automatismes obligatoires.

Qu'est-ce que le principe de la Freedom Car ?

Dans une lettre adressée au Congrès américain, le département des Transports a officiellement demandé aux législateurs de sanctuariser la liberté de choix des acheteurs. Concrètement, le concept de Freedom Car vise à interdire aux agences fédérales, ainsi qu'aux États individuels, d'imposer deux éléments clés sur les véhicules neufs :

  1. Les technologies de conduite automatisée ou semi-autonome ;

  2. Les modules de transmission de données sans fil (cartes SIM, puces 4G/5G, télématique active).

Pour les partisans du texte, il s’agit de redonner le volant à ceux qui refusent que leur propre tableau de bord se transforme en espion commercial ou en copilote intrusif.

Données privées : la fin programmée de la « voiture moucharde »

Depuis dix ans, les constructeurs automobiles ont développé un appétit vorace pour vos données personnelles. Vitesse moyenne, accélérations brusques, itinéraires favoris, horaires des trajets et même poids des passagers : tout est consigné, stocké, et parfois revendu sans détour à des courtiers en données (data brokers). Ces derniers s'empressent ensuite de monétiser ces profils auprès des compagnies d'assurance, prêtes à faire flamber vos primes au moindre freinage appuyé.

Face à ces dérives déjà ciblées par des propositions comme le DRIVER Act aux États-Unis, la Freedom Car prend le problème à la racine. En supprimant purement et simplement les modems et antennes de communication, le véhicule redevient un objet mécanique étanche, incapable de diffuser le moindre octet à distance.

Et si quelqu’un d’autre avait les commandes ?

Il n’y a pas que la collecte de données qui inquiète. Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, des systèmes frigorifiques de supermarchés français, notamment Intermarché et U, ont été piratés à distance. Des températures allant jusqu’à 50 °C ont été rapportées, avec des denrées à jeter. On pensait connecter des équipements pour mieux les surveiller ; quelqu’un s’en est servi pour les dérégler. De quoi regarder les promesses du « tout connecté » avec un peu moins d’enthousiasme. Source : Reuters, 12 octobre 2026.

Une voiture n’est évidemment pas un congélateur. Mais le risque automobile n’est pas une invention : en 2024, des chercheurs ont montré que des failles dans les services connectés de Kia permettaient, sur les véhicules concernés, de les localiser, de les déverrouiller ou de déclencher leur démarrage à distance. Ces failles ont été corrigées ; il ne s’agissait pas de piloter la voiture sur la route. La distinction compte. Reste une question assez légitime pour l’acheteur : qui peut accéder à ma voiture, et pendant combien d’années sa sécurité informatique sera-t-elle suivie ? Source : travaux de Sam Curry et de son équipe, septembre 2024.

Exit les bips : les aides à la conduite ADAS dans le viseur

Le projet ne se contente pas de couper le Wi-Fi : il s’attaque frontalement aux équipements de sécurité active (les fameux systèmes ADAS) rendus obligatoires sous les précédentes législations.

Sont directement visés :

  • Le freinage automatique d'urgence (AEB) ;

  • L'alerte de franchissement involontaire de ligne ;

  • L'assistance active au maintien dans la voie ;

  • Les avertisseurs de collision frontale.

Pour les défenseurs de la Freedom Car, ces béquilles électroniques ne devraient en aucun cas être dictées par la loi, mais relever d'une option cochée — ou non — par le client.

Voitures moins chères ou casse-tête industriel ?

L'un des arguments majeurs avancés en faveur de la Freedom Car concerne le portefeuille des ménages. L'intégration de radars, caméras haute définition, capteurs ultrasons et calculateurs surpuissants pèse lourdement sur le prix de vente final des citadines et berlines d'entrée de gamme. Alléger la dotation technologique permettrait, sur le papier, de proposer des voitures plus abordables et plus simples à entretenir.

Reste un écueil de taille : les constructeurs mondiaux ont déjà investi des dizaines de milliards dans des architectures logicielles (Software-Defined Vehicles). Concevoir des variantes 100 % déconnectées et dépourvues de calculateurs ADAS pourrait paradoxalement générer des coûts de développement spécifiques, sans compter la perte des revenus liés aux abonnements numériques et aux mises à jour à distance (OTA).

Le grand schisme : États-Unis vs Europe

Ce débat met en lumière une divergence réglementaire spectaculaire entre les deux rives de l'Atlantique. Alors que l'Europe a verrouillé depuis l'été 2024 sa norme de sécurité GSR 2 — rendant obligatoires l'enregistreur de données d'événements (la fameuse boîte noire), le limiteur de vitesse intelligent (ISA) et le freinage autonome —, l'Amérique envisage de prendre le virage exactement inverse au nom de la liberté individuelle.

Reste désormais à savoir si le Congrès transformera cette lettre d'intention en texte de loi. Si tel est le cas, la Freedom Car pourrait bien devenir l'emblème d'une résistance inattendue : celle du plaisir brut de conduire, seul maître à bord et déconnecté du reste du monde.

La dernière fois que Trump s'est penché sur l'automobile, ça s'est transformé en pluie de taxes pour le reste du monde...

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