Palazzo Esedra : nuit napolitaine entre marbre des années 30 et Luna Rossa

Ouvrir ses rideaux sur le stade Maradona et boire son café au milieu de fresques des années 30 : à Naples, le Palazzo Esedra avait autant d'histoires à raconter que les bolides en carbone d'Alfa Romeo garés sur le port.

Cour monumentale à colonnes du Palazzo Esedra sous un ciel bleu.

Prendre son premier café en ouvrant les rideaux sur la silhouette du stade Diego Armando Maradona, cela vous pose une ambiance direct. On est à Fuorigrotta, quartier populaire de Naples, loin des cartes postales trop lisses du front de mer, où la ferveur du ballon rond colle encore au bitume.

Mais ce matin-là, ma curiosité ne portait pas de maillot bleu ciel. Elle était juste là, sous mes pieds : le Palazzo Esedra.

Alfa Romeo nous avait donné rendez-vous à Naples pour découvrir l’Edizione Luna Rossa, à l’approche des premières régates dans le golfe, et la marque avait choisi de nous loger ici. Je n’avais pas vue sur les voiliers depuis ma chambre, mais le décor avait déjà quelque chose à raconter avant même d’aller voir la mer.

Le rêve impérial gravé dans le travertin

Dormir au Palazzo Esedra, c’est faire une drôle de halte dans l’Italie des années 30, à une époque où le régime fasciste rêvait de grandeur et voulait faire de Naples la vitrine de ses ambitions méditerranéennes.

La Mostra d’Oltremare, immense complexe d’expositions inauguré en mai 1940, devait en être la démonstration. Le Palazzo degli Uffici, devenu aujourd’hui le Palazzo Esedra, est construit la même année d’après les plans de l’architecte napolitain Marcello Canino.

Le bâtiment ne fait pas franchement dans la discrétion : volumes imposants, lignes géométriques et grandes plaques de travertin sur toute la façade. Une architecture pensée pour impressionner avant même que l’on sache ce qui se passe à l’intérieur.

Quelques semaines après l’inauguration de la Mostra, l’Italie entre dans la Seconde Guerre mondiale. Le palais est endommagé pendant le conflit, puis partiellement reconstruit en 1952 par l’architecte Delia Maione.

Du gigantisme à l’oasis cachée

Depuis le Piazzale Tecchio, le bâtiment vous toise avec toute la solennité dont les années 30 étaient capables.

La surprise arrive une fois la porte franchie. Derrière cette façade sévère se découvre un patio à colonnades avec un bassin central, hommage très assumé à la domus romaine. Le vacarme de Fuorigrotta et les scooters semblent soudain rester dehors.

On change de rythme en quelques pas.

À l’intérieur, les volumes restent immenses, mais la lumière de la cour rend l’ensemble moins intimidant. Les grandes salles du rez-de-chaussée abritent aussi deux fresques d’Emilio Notte, restaurées lors de la transformation du palais en hôtel.

Emilio Notte n’était pas un simple peintre décorateur. Né en 1891, il est passé par le futurisme avant de devenir professeur de décoration à l’Académie des beaux-arts de Naples. Aujourd’hui, ses œuvres ordinaires se négocient souvent à quelques centaines ou quelques milliers d’euros, tandis que ses rares peintures futuristes historiques peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Ici, évidemment, ses fresques ne sont pas à vendre. Elles font corps avec le bâtiment et participent pleinement à son histoire.

Transformer sans tout maquiller

La restauration et la transformation de l’ancien Palazzo degli Uffici en hôtel ont été menées par l’architecte Luigi Casalini entre 2003 et 2011.

La bonne idée a été de ne pas essayer de faire disparaître le bâtiment sous une couche de faux luxe. Les grands couloirs, les hauteurs sous plafond, le travertin et cette impression d’espace presque démesurée sont toujours là.

Le mobilier contemporain reste sobre et laisse l’architecture prendre toute la place. C’est parfois un peu sévère, mais cela fonctionne. Le Palazzo Esedra n’essaie pas de devenir un palace classique avec dorures, velours et bouquets gigantesques. Il assume son histoire et sa raideur. Un peu comme une Alfa 6.

L’hôtel fait aujourd’hui partie du groupe Prestige Hotels, comme le Grand Hotel Vesuvio. Le matin, le petit-déjeuner est servi dans une salle ornée des fresques d’Emilio Notte. On boit son café dans l’ancien quartier général administratif d’une exposition coloniale : difficile de faire plus chargé comme décor de petit-déjeuner.

Du travertin au carbone

Ce choix d’hôtel prenait finalement tout son sens pour un événement Alfa Romeo consacré à l’Edizione Luna Rossa.

D’un côté, le travertin, la symétrie et le poids d’un bâtiment construit pour en imposer. De l’autre, le carbone, l’aérodynamisme et l’obsession de la légèreté. Deux époques qui n’ont pas grand-chose en commun, sauf peut-être cette manière très italienne de considérer que la forme compte autant que la fonction.

Le Palazzo Esedra ne donne pas directement sur les pontons et je n’ai pas vu Luna Rossa passer devant mes fenêtres. Mais il installait le voyage dans un univers de lignes, de matériaux et de mise en scène.

Après une nuit dans le marbre des années 30, il était temps de quitter Fuorigrotta et le stade Maradona et d’aller voir ce que l’Italie savait faire avec du carbone et du vent.

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