De la ferme familiale aux paddocks de F1 : l’incroyable trajectoire d'Abbi Pulling
J'ai toujours eu un faible pour les pilotes dont la trajectoire refuse d'entrer dans les cases millimétrées des filières pour enfants gâtés. Quand j'observe la jeune génération qui s'agite aujourd'hui sous les visières de monoplace, un nom me fait immédiatement sourire : Abbi Pulling. Couronnée en F1 Academy, couvée par Alpine et chargée de faire tourner le simulateur de l'écurie Nissan en Formule E, la jeune Britannique balaye les vieux réflexes du sport automobile avec une fraîcheur communicative et un coup de volant d'une précision diabolique.
L'école buissonnière du point de patinage
Ce qui me plaît par-dessus tout chez elle, c'est son baptême du feu mécanique, à des années-lumière des karts rutilants offerts avant même de savoir lacer ses baskets. Dans la campagne verdoyante du Lincolnshire, son père, lui-même motard de compétition, choisit une méthode beaucoup plus terrienne pour tester ses aptitudes.
Vers huit ou neuf ans, elle se retrouve perchée sur le siège d'un utilitaire à plateau au milieu d'une prairie. La consigne familiale est aussi simple que formatrice : apprendre à trouver le point de patinage pour faire avancer l'engin au ralenti pendant que les adultes chargent les bottes de foin à l'arrière, avec l'interdiction formelle de toucher au volant. Quand on a pigé le fonctionnement d'un embrayage dans ces conditions rustiques, on aborde la piste avec une humilité et un respect de la mécanique qu'aucun logiciel ne pourra jamais inculquer.
Les records en piste et la gifle de Brands Hatch
Sur le bitume des formules de promotion, cette lucidité forgée dans les champs a rapidement produit des étincelles. J'ai encore en mémoire sa démonstration magistrale à Brands Hatch en championnat britannique de Formule 4, où elle est devenue la toute première femme de l'histoire à remporter une course dans cette pépinière de talents réputée pour sa férocité.
Puis est venue son insolente domination en F1 Academy, enchaînant les pole positions, les victoires sous la pression et les records du tour avec une régularité de métronome. Chaque week-end, Abbi a rappelé que le talent n'a aucun genre et que la mixité au plus haut niveau ne se décrète pas dans des discours : elle s'arrache au chronomètre.
Dans le secret du simulateur Nissan en Formule E
Mais cantonner Abbi au rôle d'étoile montante des grilles de départ serait passer à côté d'une facette capitale de son quotidien. Dans le secret des ateliers de Nissan en Formule E, elle passe des heures enfermée dans l'obscurité d'un simulateur de pointe pour préparer les courses des pilotes titulaires.
Dans cette discipline électrique où chaque virage ressemble à une partie d'échecs pour préserver l'autonomie et régénérer les kilowattheures sans perdre de vitesse, ses retours d'ingénierie forcent le respect des équipes techniques. Elle l'a d'ailleurs prouvé de manière éclatante lors des essais officiels de Madrid en signant le meilleur temps absolu au volant de la monoplace GEN3 Evo.
Le fantasme de la GT-R et le duel avec Doriane Pin
Et puis, il y a cette petite confession sans filtre qui achève de me la rendre attachante. Interrogée sur la voiture de ses rêves de gamine, elle n'a récité aucun argumentaire marketing policé : son obsession d'enfance s'appelait la Nissan GT-R, nourrie par les vidéos des batailles furieuses du championnat Super GT sur les circuits japonais. Une vraie passion sincère, née devant des monstres de course et des hurlements de moteurs surchauffés.
Face à notre prodige tricolore Doriane Pin, la confrontation s'annonce somptueuse pour les saisons à venir. Voir ces jeunes femmes bousculer les hiérarchies à coups de dixièmes de seconde arrachés sur les vibreurs me réjouit profondément. La vitesse n'a jamais été une affaire de posture : elle réclame du cran, une sensibilité mécanique hors pair et cette flamme intérieure qui transforme une pilote rapide en une très grande championne.