Essai XPeng P7+ : la grande berline électrique à l'épreuve d'un voyage en Normandie
La XPeng P7+ affiche 5,07 mètres de long et près de 1,94 mètre de large. C'est le genre de mensurations que l'on survole d'un œil distrait sur une brochure technique, jusqu'au moment précis où l'on récupère les clés sur un parking parisien. Seule, avec mon mètre soixante face à ce paquebot gris métallisé, le premier contact impose un respect immédiat avant de s'élancer dans la circulation.
Pour jauger cette nouvelle grande berline électrique chinoise loin des discours préformatés, j'ai choisi l'épreuve du voyage au long cours : départ de la capitale, cap sur Le Havre, crochet par les ruelles de Honfleur et les planches de Deauville, puis retour par les grands axes. Du trafic urbain dense, des voies rapides, des départementales de bocage bien grasses, une météo changeante, une vraie valise dans le coffre et un arrêt sur une borne de recharge publique. L'itinéraire parfait pour vérifier si la P7+ n'est qu'une vitrine de silicium pour technophiles ou une authentique voyageuse taillée pour notre réseau routier.
Une inconnue qui refuse de passer inaperçue
En France, le blason XPeng demeure encore une énigme pour le grand public. La P7+, en revanche, possède un magnétisme visuel indiscutable.
Sa ligne de grand coupé fastback, ses galbes tendus sans fioritures et sa signature lumineuse affûtée lui confèrent une prestance immédiate. Elle impressionne par sa stature sans paraître massive, affichant une élégance futuriste qui évite le piège de la surenchère stylistique.
Au fil des haltes en bord de mer et sur les aires de repos, plusieurs passants se sont arrêtés pour l'observer ou venir me demander quel constructeur se cachait derrière ce X chromé posé sur le capot. La marque leur était totalement étrangère, mais la silhouette avait fait mouche. Voir des inconnus esquisser un sourire et engager spontanément la conversation devant une voiture électrique contemporaine reste un plaisir assez rare pour être souligné.
« Hello XPeng, où sont les rétroviseurs ? »
À l'avant, la planche de bord épurée confie la quasi-totalité des commandes à une grande dalle centrale tactile. L'interface brille par sa réactivité, la cartographie est claire et l'affichage tête haute projette les informations de conduite indispensables dans l'axe du regard.
Pour autant, certaines fonctions élémentaires ne tombent pas immédiatement sous le doigt. Pour orienter les miroirs des rétroviseurs extérieurs, plutôt que d'éplucher les sous-menus à l'arrêt, j'ai tout simplement interpellé l'intelligence embarquée :
« Hello XPeng, dis-moi où régler les rétroviseurs. »
Le système a instantanément ouvert la bonne page sur l'écran. Pour une fois, la commande vocale dépasse le stade du gadget de démonstration commerciale pour devenir une assistance précieuse lors de la prise en main.
L'auto saisit les requêtes formulées sans voix robotique. Elle se montre en revanche d'une vigilance presque excessive, me rappelant à l'ordre pour replacer les mains sur le volant alors que mes deux paumes y reposaient déjà fermement. Disons qu'elle est particulièrement serviable, mais d'un tempérament un brin anxieux.
Une vraie grande routière qui assume son moelleux
Une fois le panneau de fin d'agglomération dépassé, la P7+ dévoile son vrai tempérament de fond de train.
Le feutré acoustique remarquable, la linéarité des accélérations et l'ergonomie soignée des sièges transforment les kilomètres en simple formalité. L'auto s'inscrit sur la route avec aisance, invitant davantage à laisser défiler le paysage normand qu'à chercher des relances brutales sans intérêt.
La version Long Range mise à l'épreuve associe un accumulateur de 74,9 kWh à un moteur électrique arrière développant 313 chevaux, autorisant une autonomie homologuée de 530 kilomètres selon le cycle WLTP. Ces données sur papier méritaient toutefois d'être confrontées à la réalité du bitume humide.
Côté châssis, la P7+ fait un choix clair et assumé : le confort avant la sportivité. Ses suspensions absorbent les imperfections avec une douceur remarquable. On note bien quelques mouvements de pompage sur les raccords prononcés, mais ils découlent d'un compromis délibéré : épargner les lombaires des passagers plutôt que singer la fermeté inutile des berlines allemandes. Ce n'est pas un bolide de circuit maquillé en limousine, mais une grande voyageuse qui connaît ses priorités.
Cinq mètres plus faciles à apprivoiser que prévu
Sur le papier, le gabarit de la P7+ avait de quoi intimider. Dans les faits, sa prise en main s'est révélée étonnamment naturelle.
Je ne prétends pas qu'un vaisseau de 5,07 mètres se transforme par magie en citadine de poche. Sur les départementales étroites du pays d'Auge bordées de fossés, la largeur impose évidemment de garder les yeux bien en face des trous lors des croisements avec des engins agricoles. Mais la précision des caméras à 360 degrés et l'efficacité des capteurs de stationnement permettent de surveiller chaque centimètre de carrosserie.
Dans les avenues du Havre, les entrées de parkings souterrains et les manœuvres serrées à Honfleur, je ne me suis jamais sentie en détresse. La position de conduite s'ajuste parfaitement, même avec mon petit mètre soixante, et l'auto masque son embonpoint avec une belle habileté. Un constat bien plus utile pour le quotidien que n'importe quelle accélération fulgurante de zéro à cent kilomètres-heure.
Le Havre et la côte normande en toile de fond
Le Havre n'était pas seulement une destination kilométrique. Entre les lignes franches d'Auguste Perret, les courbes audacieuses d'Oscar Niemeyer et la lumière changeante célébrée par l'exposition Monet au MuMa, la cité portuaire offrait un contraste saisissant avec cette carrosserie sculptée par l'aérodynamique numérique.
La P7+ m'a servi d'abri feutré entre les bassins, le front de mer, Honfleur et les planches de Deauville. Si le récit de cette flânerie artistique fait l'objet d'un article dédié, l'expérience confirme une chose : voyager en électrique dans un cocon silencieux réconcilie avec le plaisir de la route.
Les meilleures places sont peut-être à l'arrière
Au fil des heures, une évidence saute aux yeux : cette berline prend un soin jaloux de ses invités.
L'espace aux jambes au second rang est tout simplement immense, les assises soutiennent parfaitement le corps et la banquette invite au repos. L'ambiance générale évoque une berline de maître bien plus qu'une simple familiale de grand chemin.
Un détail architectural résume cette philosophie : la tablette aviation escamotable est installée sur le dossier avant droit, précisément à la place d'honneur dévolue à la personne que l'on conduit. Il ne manquait qu'un chauffeur à bord. Durant ce voyage, le devoir m'attendait hélas au volant.
Le sens de l'accueil se prolonge sous le hayon. Le coffre propose un volume de 573 litres, profond et accessible. Avec ma seule valise posée au milieu de cette vaste soute, j'avais presque le sentiment d'être partie sans bagages. Seule la cinématique d'ouverture électrique m'a parfois demandé un temps de négociation : certains jours, le système obéissait au quart de tour ; à d'autres moments, il a fallu insister. La technologie est brillante, encore faut-il maîtriser tous ses codes.
13,9 kWh aux 100 km : la sobriété au banc d'essai
Au terme de 266,2 kilomètres parcourus entre autoroutes, voies rapides et liaisons côtières, l'ordinateur de bord affichait une consommation moyenne de 13,9 kWh aux 100 kilomètres.
Pour un gabarit aussi imposant, la performance technique est excellente. Elle prouve que le travail d'optimisation aérodynamique n'est pas un argument de salon, mais un facteur d'économie d'énergie tangible sur la route.
L'arrêt à la borne rapide a livré un autre enseignement concret. À mon arrivée, le niveau de charge indiquait 46 % de batterie restante — attention à ne pas le confondre avec le chiffre de 43 % affiché sur l'écran, qui signalait l'estimation à la destination programmée suivante.
La borne a injecté 39,67 kWh pour faire grimper la jauge de 46 à 93 %, soit 47 points de batterie récupérés. Facture totale de l'opération : 13,89 euros. À 93 %, la puissance absorbée régulait logiquement à 38,9 kW avec encore neuf minutes annoncées pour atteindre 100 %. Poursuivre n'avait aucun sens : la réserve était largement suffisante pour regagner Paris l'esprit serein.
Grâce à sa plateforme en 800 volts, la P7+ revendique sur les stations adéquates une charge de 10 à 80 % en une douzaine de minutes. Mon ravitaillement n'avait pas vocation à battre un record de laboratoire, mais à refléter la vraie vie : une pause courte, moins de quatorze euros déboursés et de quoi rentrer chez soi sans le moindre stress kilométrique.
Fiche technique et mesures réelles de mon essai
| Caractéristique | Donnée constructeur | Mesure constatée durant mon essai |
| Modèle testé | XPeng P7+ Long Range | Version propulsion |
| Longueur x largeur | 5,07 m x 1,94 m | Gabarit routier imposant |
| Capacité batterie | 74,9 kWh | Architecture électrique 800V |
| Puissance du moteur | 313 ch (230 kW) | Conduite linéaire et souple |
| Autonomie WLTP | 530 km | 266,2 km parcourus lors de l'essai |
| Consommation moyenne | 16,2 kWh/100 km (WLTP) | 13,9 kWh/100 km (sur 266,2 km réels) |
| Volume du coffre | 573 litres | Accès par hayon très spacieux |
| Recharge rapide (DC) | 10 à 80 % en 12 min (théorique) | 46 à 93 % (39,67 kWh) pour 13,89 € |
Ce que j'ai aimé et ce que j'ai moins aimé
Ce que j'ai aimé :
- L'efficience énergétique remarquable avec seulement 13,9 kWh aux 100 kilomètres mesurés sur parcours varié
- Le confort de filtrage des suspensions, particulièrement bienveillant pour les occupants sur longue distance
- L'espace géant aux places arrière digne d'une voiture de grande remise
- L'architecture 800 volts pour des ravitaillements rapides sans attente superflue
- L'assistant vocal réactif qui évite de se perdre dans les menus numériques
- Le grand toit panoramique qui apporte beaucoup de lumière à bord
Ce que j'ai moins aimé :
- Les légers mouvements de caisse sur les déformations prononcées de la chaussée
- L'absence de commandes physiques pour les fonctions élémentaires comme les rétroviseurs
- Les alertes d'attention parfois trop intrusives même avec les mains sur le volant
- Les reflets sur le rétroviseur intérieur numérique, qui peuvent gêner la visibilité selon la lumière
- Le gabarit de plus de cinq mètres qui réclame une vigilance constante dans les ruelles anciennes
Mon verdict sur la XPeng P7+
La P7+ n'essaie pas de jouer les sportives, et c'est très bien comme ça. Elle préfère le confort, le silence et l'espace. Sur ce terrain-là, elle est franchement convaincante.
Bien sûr, ses 5,07 mètres ne disparaissent pas dans les ruelles de Honfleur, et il faut un petit temps pour apprivoiser ses commandes tactiles. Mais elle est facile à conduire, très agréable sur longue distance et étonnamment sobre pour son gabarit. Quant aux places arrière et au coffre, il faut vraiment beaucoup de bagages — ou une famille très envahissante — pour en venir à bout.
Au départ de Paris, ses dimensions m'impressionnaient. Au retour, j'avais surtout retenu son confort, son silence et les curieux venus me demander ce que c'était. Je lui pardonnais presque de prendre autant de place. Et si XPeng fournit le chauffeur, je réserve la place arrière droite.
À lire également : mon itinéraire culturel du Havre à Deauville, entre Oscar Niemeyer, Claude Monet, Eugène Boudin et Ai Weiwei.









