Que voir au Havre en deux jours ? De Monet à Ai Weiwei avant Deauville
Je suis arrivée au Havre au volant d'une XPeng P7+, après avoir traversé la Normandie sous un ciel suffisamment changeant pour justifier à lui seul la naissance de l'impressionnisme. La pluie s'est évidemment invitée dans le voyage. Mais ici, elle ne gâche jamais le paysage : elle le rend simplement encore plus havrais.
Avant de rejoindre le centre-ville, j'ai fait une première halte sur la plage de galets. Malgré les gouttes et les bourrasques, une poignée de fidèles disputait tranquillement une partie de pétanque face aux flots gris. Une scène d'un flegme revigorant, et une jolie façon d'entrer dans la ville avant d'aller saluer Niemeyer, Monet et le MuMa.
Niemeyer avant le musée
Le centre reconstruit porte la signature géométrique et austère d'Auguste Perret, mais les courbes immaculées d'Oscar Niemeyer viennent y glisser une rupture visuelle réjouissante. Le Volcan rappelle avec panache qu'une ville peut être rigoureuse sans jamais sombrer dans l'ennui.
Posée au pied de ce cratère blanc, ma monture trouvait assez naturellement sa place : une grande berline électrique très contemporaine garée devant une architecture qui imaginait déjà la cité du futur. Les volumes sculptés de Niemeyer et le jeu des fontaines parvenaient même à estomper son encombrement réel, faisant oublier que la carrosserie s'étire sur 5,07 mètres.
Le grand mérite du Havre est aussi de ne pas barricader l'art derrière des portiques d'entrée. Les œuvres s'invitent au bord des bassins, sur les galets ou au coin d'une traverse. Les fresques urbaines du M.U.R. ajoutent à cette promenade une fraîcheur spontanée, livrée au passage des passants, à l'air marin et aux humeurs du ciel.
Au MuMa, Oscar avant Claude Monet
Le lendemain matin, une averse battante a rendu la perspective du MuMa encore plus irrésistible. Planté face à l'entrée du port, le musée d'art moderne André Malraux capte la moindre vibration lumineuse de l'estuaire grâce à ses immenses parois vitrées.
Présentée jusqu'au 27 septembre 2026, l'exposition « Monet au Havre » réunit près d'une centaine d'œuvres et d'archives autour des années formatrices de l'artiste. C'est l'occasion d'y croiser un certain Oscar, avant qu'il ne choisisse son deuxième prénom pour entrer dans la légende.
La section consacrée à ses caricatures de jeunesse reste sans doute ma plus belle surprise. J'admirais la touche du maître impressionniste, mais j'ignorais tout de l'adolescent impertinent qui croquait les notables locaux avec une ironie mordante. Ces portraits satiriques lui valent ses premiers succès d'estime, mais aussi de solides déboires : plusieurs notables ainsi raillés siégeaient aux jurys chargés d'attribuer les bourses de peinture. Monet essuiera deux refus cuisants. Faire ricaner la ville aux dépens de ceux qui tiennent le cordon de la bourse n'a jamais constitué un plan de carrière idéal.
Ces dessins d'époque révèlent déjà une précision clinique du trait. Au fil des carnets de croquis et des toiles de jeunesse, on assiste à la lente métamorphose d'un regard qui s'émancipe de l'atelier pour apprivoiser l'éphémère.
Monet, Boudin et la leçon du plein air
Si Claude Monet voit le jour à Paris, c'est bien l'air salin du Havre qui a façonné sa sensibilité. Le va-et-vient des cargos, les falaises d'albâtre et cette lumière marine perpétuellement instable ont forgé sa vocation. C'est surtout ici qu'il croise la route d'Eugène Boudin, qui le convainc d'abandonner la caricature pour planter son chevalet dehors et guetter les nuances atmosphériques.
Ce parcours m'a permis de poser un regard neuf sur Boudin. Loin de se cantonner au rôle de peintre des mondanités balnéaires en crinoline, il a compris avant tout le monde la primauté de l'instant. Ses études de ciels au pastel, exécutées en quelques minutes fiévreuses, contiennent déjà en germe toute la révolution impressionniste à venir.
Si la toile mythique Impression, soleil levant est absente des cimaises, son ombre plane sur chaque salle. C'est précisément face aux bassins havrais, par un matin brumeux de 1872, que Monet a brossé ce port industriel, offrant sans le vouloir son nom à l'un des plus grands séismes artistiques de l'histoire moderne.
Ai Weiwei face aux Nymphéas
En écho direct au maître des lieux, deux installations colossales d'Ai Weiwei ouvrent et referment la déambulation. S'étirant sur plus de quinze mètres, ses compositions réinterprètent les Nymphéas à l'aide de centaines de milliers de briques LEGO. La touche de pigment s'efface au profit du pixel de plastique.
La confrontation ne se résume pas à un simple coup d'éclat visuel. Durant ses années new-yorkaises, l'artiste dissident chinois a longuement médité devant les panneaux du MoMA. L'œuvre rend aussi un hommage silencieux à son père, le poète Ai Qing, tombé sous le charme de l'impressionnisme lors de sa jeunesse parisienne avant d'être bâillonné par le pouvoir maoïste.
Au MuMa, ces deux fresques dialoguent avec un panneau authentique de Nymphéas peint par Monet en 1904 et légué à la cité en 1910. Le face-à-face a du sens. Pour autant, j'avais été plus saisie par les pièces d'Ai Weiwei découvertes lors de mes récentes visites à la foire Art Basel, où sa relecture en petites briques d'un chef-d'œuvre de Léonard de Vinci m'avait semblé d'une limpidité graphique plus percutante. Au Havre, l'ambition est monumentale, mais le rendu visuel m'a paru par moments un brin confus.
La surprise François Morellet
En grimpant au premier étage pour flâner dans les collections permanentes, je suis tombée nez à nez avec une composition de François Morellet. Je ne m'attendais absolument pas à croiser cette figure majeure de l'abstraction géométrique au détour d'une travée. Cette présence contemporaine et rigoureuse rappelle opportunément que les réserves du MuMa ne dorment pas seulement sur les lauriers de Raoul Dufy ou des paysagistes normands.
Reprendre le ruban de l'estuaire vers Deauville
Dans cette boucle havraise, la XPeng P7+ n'était pas seulement mon moyen de transport : c'était mon refuge chauffé contre le crachin et un superbe objet de contraste posé devant le béton d'Auguste Perret. J'avais beau redouter son gabarit dans le centre historique, la grande berline s'y faufile avec une douceur surprenante, tout en gratifiant mon escapade d'un appétit d'oiseau (13,9 kWh/100 km) et d'un complément de charge réglé moins de 14 euros sur une borne rapide — mais je vous raconte tout cela en détail dans mon essai complet.
Après cette immersion picturale, j'ai repris la route en direction du pont de Normandie pour rallier Honfleur puis les planches de Deauville. Dans cet itinéraire côtier, la figure d'Eugène Boudin crée une passerelle évidente : né sur la rive fleurie et révélé sur le port havrais, il reliait déjà ces deux mondes par ses toiles bien avant que l'ouvrage d'art en béton ne vienne enjamber la Seine.
En quarante-huit heures, j'ai redécouvert un Monet satirique méconnu, renoué avec les ciels tourmentés de Boudin, mesuré les audaces plastiques d'Ai Weiwei et savouré un Morellet imprévu. Décidément, même sous un crachin tenace, Le Havre possède ce charme brut qui récompense toujours les esprits curieux.
Informations pratiques
L'exposition temporaire « Monet au Havre » est présentée au MuMa jusqu'au dimanche 27 septembre 2026. Les deux installations monumentales d'Ai Weiwei accompagnent le parcours durant toute cette période. Les toiles de François Morellet sont quant à elles visibles au premier étage, au sein du parcours permanent des collections.
- Lieu : MuMa – Musée d'art moderne André Malraux, 2 boulevard Clemenceau, 76600 Le Havre.
- À lire également : mon essai complet au long cours de la XPeng P7+.












