Pourquoi l’unique feu rouge de cette île japonaise ne passe au vert qu’une fois par an

unique feu tricolore Japon sur le port de l ile d Himakajima

Au large des côtes de Nagoya, nichée au cœur de la baie de Mikawa, la minuscule île d'Himakajima cultive une douceur de vivre presque irréelle. Ici, le quotidien s'écoule au rythme des marées, des bateaux de pêche réputés pour leurs poulpes et d'une communauté soudée d'à peine 1 600 âmes. Pas d'avenues bitumées, pas de bouchons aux heures de pointe et à peine quelques camionnettes utilitaires : le tour complet de l'île se boucle à pied en moins d'une heure et demie.

Pourtant, à l’entrée du port oriental trône une curiosité urbaine déroutante : un feu tricolore Japon bien réel qui, 364 jours par an, refuse obstinément de fonctionner de manière classique.

Un clignotement perpétuel pour le calme des quais

Installé en 1994 au lieu-dit Kodochi, ce signal lumineux n'a strictement aucune fonction de régulation du trafic. Dans un village où les piétons déambulent au milieu de la chaussée et où le moindre coup de klaxon relèverait de l'hérésie, un cycle traditionnel de feux de signalisation n'aurait aucun sens.

La quasi-totalité de l'année, l'installation se contente donc d'un mode veille automatique :

  • Un feu rouge clignotant sur la voie secondaire qui descend vers les quais, faisant office de simple « Stop » pour les charriots de pêche ;

  • Un feu jaune clignotant sur l'étroite route côtière, incitant les rares scooters et vélos à ralentir.

Le grand jour : un rituel de sécurité grandeur nature

Pourquoi la municipalité a-t-elle alors investi dans un équipement aussi coûteux pour une poignée de ruelles ? La réponse tient en une date unique dans l'année.

Chaque printemps, l'unique école primaire d'Himakajima organise son cours pratique d'éducation civique et de sécurité routière pour les élèves de troisième et cinquième années.

Ce jour-là, les policiers locaux activent manuellement le boîtier de commande : pour quelques heures seulement, le feu tricolore Japon s'anime enfin en cycle complet, faisant défiler ses optiques rouge, jaune et verte (que la langue japonaise désigne poétiquement par le terme ao, le bleu).

Le bras levé sur les bandes blanches : l'art du civisme nippon

Sous le regard bienveillant de leurs professeurs et des villageois, les enfants répètent méthodiquement la chorégraphie du piéton urbain :

  • Attendre calmement sur le trottoir sans empiéter sur la bordure ;

  • Regarder attentivement à gauche, puis à droite, puis de nouveau à gauche ;

  • Traverser d'un pas assuré sur les bandes blanches en levant bien haut le bras droit, un réflexe enseigné dès la maternelle sur tout le territoire nippon pour garantir la visibilité des plus petits auprès des automobilistes.

Préparer les enfants au grand saut vers la métropole

Avant l'installation de ce poteau métallique, les instituteurs fabriquaient des panneaux en carton et traçaient des passages piétons à la craie dans la cour de récréation. Mais la simulation montrait vite ses limites.

Habitués au cocon protégé d'une île sans voitures, les jeunes insulaires se retrouvaient tétanisés dès qu'ils prenaient le ferry pour poursuivre leur scolarité au collège sur le continent ou lors de leurs premiers voyages scolaires à Nagoya ou Tokyo.

Ce feu permanent constitue donc une passerelle indispensable : un sas d'apprentissage pour apprivoiser la jungle urbaine sans jamais quitter son rivage natal.

Une leçon d'urbanisme à hauteur d'enfant

Chez En Voiture Carine, nous aimons ces détails qui réenchantent notre regard sur la route. Ce feu tricolore Japon n'est pas une absurdité administrative, mais un magnifique témoignage de bienveillance collective : la preuve qu'une infrastructure routière peut exister non pas pour contraindre ou fluidifier des moteurs, mais pour protéger et faire grandir les enfants. Et c'était un beau clin d'oeil après l'histoire de la une consacrée à la fuite de Carlos Ghosn dans un kombini.

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