Chantilly Arts & Élégance 2026 : mes plus beaux coups de cœur en images
Il y a des dimanches où l'on aimerait pouvoir suspendre le temps, ou au moins ralentir la course des nuages au-dessus des parterres dessinés par André Le Nôtre. En arrivant au domaine du Château de Chantilly pour cette édition Chantilly Arts & Élégance 2026, l'atmosphère tenait une fois encore du mirage temporel. Entre les nappes de brume matinale se dissipant sur les miroirs d'eau, l'odeur des averses qui approchent, les chapeaux extravagants des élégantes et le parfum entêtant mêlant la rosée, la crème fouettée et l'essence à haut indice d'octane, le spectacle dépasse largement le cadre d'un simple concours d'automobiles historiques.
Pour célébrer cette fête des sens, voici une jolie galerie. Au milieu de centaines de pièces de musée exceptionnelles venues des plus grandes collections mondiales, l'édition 2026 a livré un palmarès somptueux, arbitré par un jury intraitable et porté par un public de passionnés émerveillés. Traversée subjective en images au cœur de la plus spectaculaire garden-party automobile d'Europe.
Le triomphe souverain d'une Ferrari impériale et d'une Delage de légende
Le couronnement du Best of Show reste le point d'orgue absolu de l'après-midi, ce moment suspendu où les deux reines du jour s'avancent vers la tribune officielle sous les applaudissements d'une foule en tenue de gala. Du côté des créations d'après-guerre, c'est l'écrasante majesté d'une Ferrari 410 Superamerica de 1956 qui a raflé la couronne suprême. Voir évoluer ce chef-d'œuvre au capot interminable, abritant le colossal V12 Lampredi sous une ligne signée Pinin Farina d'un équilibre aristocratique parfait, donne le frisson : chaque reflet de sa carrosserie raconte l'âge d'or des grands coupés transatlantiques, quand Modène défiait les lois de l'aérodynamique avec une insolente arrogance.
Pour la catégorie d'avant-guerre, le jury a rendu un hommage éclatant au raffinement français en sacrant une Delage D8 SS de 1933 d'une distinction absolue. Sa silhouette surbaissée, son radiateur ciselé comme une pièce d'orfèvrerie et la pureté de ses galbes rappellent une époque bénie où les carrossiers parisiens habillaient les châssis roulants avec le même soin que les maisons de couture de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Posée devant les grandes écuries du château, elle semblait tout droit sortie d'un songe des années folles.
Des soixante ans de la Miura au rugissement de la Nissan R390 GT1
En flânant le long des allées de gravier, le regard ne sait plus où donner de la tête tant chaque classe de concours réserve des face-à-face bouleversants. L'un des tableaux les plus hypnotiques de la journée célébrait le soixantième anniversaire de la Lamborghini Miura. Réunir sur une même pelouse une ribambelle de ces divinités de Sant'Agata, avec leurs teintes acidulées typiques des années soixante-dix et leurs paupières ajourées, relève du miracle visuel : sous le soleil de l'Oise, un sublime exemplaire SV brun chaud a logiquement décroché le premier prix de sa classe, rappelant la fulgurance du coup de crayon originel de Marcello Gandini.
Quelques mètres plus loin, la poésie classique laissait place à la brutalité brute du sport automobile international. L'apparition de la Nissan R390 GT1 aux couleurs jaune et noir Pennzoil, pilotée à l'époque par Erik Comas aux 24 Heures du Mans, a fait vibrer les cœurs des amateurs de grand tourisme des années quatre-vingt-dix. Voir ce monstre de carbone et de suralimentation côtoyer la pureté d'une Alfa Romeo SZ Coda Tronca de 1962 — primée lors du bel hommage rendu au maître Ercole Spada — ou la gouaille d'une Matra MS 650 du Tour de France Auto illustre le grand écart stylistique permanent que réussit Chantilly.
La Bugatti Brouillard et l'audace contemporaine sous les projecteurs de Chantilly Arts & Élégance 2026
Chantilly ne regarde pas seulement dans son rétroviseur : l'événement fait dialoguer le patrimoine avec le génie contemporain. Dans la catégorie très disputée des concept-cars et créations uniques sur mesure, c'est la stupéfiante Bugatti Brouillard qui a décroché le titre de Best of Show. Issue du programme ultra-confidentiel Solitaire d'Alsace, cette pièce d'exception sculptée dans le carbone brut réinvente les codes du luxe extrême et prouve que Molsheim sait encore bousculer les certitudes esthétiques avec une virtuosité stupéfiante.
À ses côtés, le jury a également distingué l'audace tricolore de la petite Alpine A290 Rallye conçue avec Lacoste, démontrant qu'une citadine électrique contemporaine peut marier l'esprit de compétition à une élégance sportive très française. Voir ces prototypes modernes défiler au ralenti entre les parterres d'eau et les statues de marbre confère à l'instant une théâtralité unique au monde.
Cette galerie d'images est une invitation à vous perdre dans les nuances de peintures disparues, les chromes scintillants et les sourires complices de collectionneurs venus du bout du monde pour partager leur amour de la grande mécanique. Une parenthèse dorée où l'art automobile, loin de toute nostalgie poussiéreuse, s'affirme comme une célébration vivante du génie humain.































