Essai GAC Aion V : Salon roulant, frigo à bord et coffre au régime sec

Après l’Aion UT à l’aller, retour vers Paris en Aion V : un SUV électrique confortable et très équipé dès 35 990 euros, mais dont le coffre déçoit.

AION V sur route, vue extérieure dynamique
L’Aion V sur route

Pour son débarquement sur les routes françaises, le géant chinois GAC ne cherche pas à faire de la figuration. Avec ses 4,60 mètres de long, ses lignes cubiques et ses barres de toit qui lui donnent une vraie carrure de baroudeur urbain, l'Aion V s'attaque sans trembler au cœur du marché familial. Notre modèle d'essai noir, récupéré au sud de Paris pour une boucle vers la vallée de Chevreuse, affiche une promesse audacieuse : proposer l'habitabilité et les attentions d'un grand salon moderne à partir de 35 990 euros. Reste à savoir si les astuces de vie à bord suffisent à compenser les compromis d'une voiture pensée d'abord pour les passagers arrière.

Une vie de palace pour les jambes, mais pas de boîte à gants

Dès l'ouverture des grandes portières, la sensation d'espace saute aux yeux. Grâce à un empattement généreux de 2,775 mètres et un immense toit vitré panoramique qui inonde l'habitacle de lumière, l'Aion V chouchoute ses occupants. La banquette arrière est royale : même avec un conducteur reculé, l'espace aux jambes permet de s'étaler sans jamais effleurer les dossiers avant, et trois adultes peuvent s'y installer sans jouer des coudes.

Aux places avant, le confort est tout aussi soigné. Avec mon mètre soixante, j'ai trouvé en quelques secondes une position de conduite dominante et naturelle, tandis que mon binôme d'essai d'un mètre quatre-vingt-deux n'a ressenti aucune gêne au niveau de la garde au toit ou de l'assise. L'ergonomie réserve toutefois des choix déroutants. Côté passager, ne cherchez pas la traditionnelle boîte à gants fermée : elle a tout bonnement disparu. À la place, GAC a installé de discrets petits crochets rétractables dans la planche de bord, parfaits pour y suspendre une anse de sac à main sans qu'il ne bascule au premier freinage.

Le mobilier intérieur cultive une ambiance feutrée sans verser dans l'ostentatoire. Les inserts s'illuminent d'un éclairage d'ambiance rose à la tombée du jour, le grand écran central tactile offre des menus clairs et les miroirs de courtoisie profitent d'un éclairage doux très réussi.

Le lit double improvisé et le chauffe-plat entre les sièges

C'est dans ses petites attentions insolites que ce SUV corse sa personnalité. Pour transformer les arrêts imposés en moments de détente, la fonction « One-Touch Bed Mode » rabat électriquement les dossiers des sièges avant en un seul clic jusqu'à les aligner parfaitement avec l'assise arrière. On obtient un lit double de deux mètres de long en plein cœur de l'habitacle. De quoi s'offrir une vraie sieste allongée pendant une séance de recharge ou attendre tranquillement la sortie des classes.

Encore plus surprenant : sous le large accoudoir central se niche un caisson de 6,6 litres capable de faire varier sa température de –15 °C à +50 °C. L'idée rappelle les compartiments des limousines de prestige, transposée ici dans un véhicule du quotidien. Selon l'humeur du jour, on y glisse des bouteilles d'eau pour les garder glacées en été, ou l'on y maintient au chaud un plat préparé et le biberon du petit dernier pour la halte du midi.

Attention toutefois aux jalousies familiales : sur notre finition Luxury, la petite tablette aviation n'est fixée qu'au dos du siège passager avant, privant l'occupant arrière gauche de son plateau repas, tandis que le chargeur à induction de 50 W ne tolère qu'un unique smartphone à la fois sur la console.

427 litres de coffre : le revers de la médaille

À force d'étirer l'espace habitable pour offrir un confort digne d'une grande berline de maître, les concepteurs ont fatalement rogné ailleurs. Le verdict tombe dès que l'on soulève le hayon motorisé. Si la documentation commerciale chinoise annonce fièrement 600 litres selon la norme SAE, le volume utile mesuré selon le standard européen VDA retombe à 427 litres sous tablette.

Pour un SUV familial de ce gabarit, le volume déçoit. C'est presque cent litres de moins que ce que propose un Peugeot E-3008. Le compartiment à bagages n'est pas minuscule, mais il oblige à choisir ses priorités. Une poussette encombrante et deux valises rigides satureront immédiatement l'espace, laissant peu de place pour les sacs de week-end. L'Aion V privilégie clairement le bien-être de ses invités à celui de leurs bagages.

Douceur sous le pied et caméras salvatrices

Sur les routes sinueuses et parfois étroites de Chevreuse, la mécanique joue la carte de l'apaisement. Le moteur électrique de 204 chevaux et 210 Nm de couple entraîne les roues avant avec progressivité. Avec près de 1,9 tonne sur la balance, l'auto ne cherche pas à vous coller au siège, mais elle distille des accélérations franches et rassurantes, idéales pour s'insérer sur les voies rapides sans forcer. La suspension privilégie le moelleux, filtrant les saignées de bitume avec application, même si quelques mouvements de caisse se font sentir si l'on hausse le rythme.

Le gabarit de 4,60 mètres pourrait intimider au moment de se faufiler dans les ruelles d'un village ou de manœuvrer dans un parking souterrain parisien. C'est ici que la technologie se rend indispensable : les caméras à 360 degrés, proposant des vues 2D et 3D d'une netteté remarquable, intègrent une vue plongeante sur les roues pour ne pas érafler les jantes le long des bordures de trottoir en ciment.

Sur le papier, la batterie LFP de 75,26 kWh promet jusqu'à 510 km d'autonomie en cycle mixte WLTP et une recharge rapide de 10 à 80 % en 24 minutes grâce à une puissance admissible de 180 kW. Notre parcours d'essai n'ayant pas permis d'effectuer une charge complète ni de tester les aides à la conduite semi-autonome sur long trajet, ces chiffres devront attendre une confrontation sur plusieurs centaines de kilomètres pour être validés.

L’Aion V dispose aussi de la recharge bidirectionnelle V2L, jusqu’à 3,3 kW : de quoi alimenter ponctuellement un appareil électrique, à condition d’utiliser l’adaptateur proposé en accessoire.

Le sans-faute comptable de la finition Luxury

Facturé 35 990 euros en version d'accès Premium, l'Aion V frappe très fort sur le plan tarifaire. Mais le véritable coup de maître se trouve sur le niveau supérieur Luxury, affiché à 36 990 euros. Pour seulement mille euros de rallonge, la dotation fait le plein avec les sièges avant massants, le fameux compartiment réfrigéré et chauffant ainsi que la tablette aviation. À ce niveau de prix sur le marché du SUV électrique familial, la concurrence européenne a du souci à se faire.

Pour achever de rassurer les automobilistes qui découvrent tout juste le blason GAC, le constructeur dégaine une garantie de huit ans ou 160 000 kilomètres sur le véhicule, étendue à 200 000 kilomètres pour le pack de batterie.

L'Aion V ne plaira pas aux amateurs de conduite tranchante ni aux familles qui déménagent leur maison à chaque départ en vacances. Mais pour celles et ceux qui cherchent une grande routière douce, accueillante, équipée comme un salon et accessible sans se ruiner, l'équation s'avère particulièrement séduisante.

On aime / On aime moins

On aime On aime moins
L’espace arrière et le lit double de deux mètres Le coffre limité à 427 litres VDA
Le confort et la bonne position de conduite La tablette réservée au passager arrière droit
L’équipement de la finition Luxury Un seul emplacement de recharge par induction
Les caméras panoramiques très réussies et l’affichage clair des véhicules environnants sur le combiné conducteur Certaines commandes concentrées dans l’écran
Le rapport qualité-prix La conduite agréable mais peu distinctive

Verdict — Pour ses débuts sur le marché français, le GAC Aion V réussit son entrée en misant sur l'essentiel : un confort de roulement soigné, une habitabilité arrière royale et une dotation particulièrement généreuse sous la barre des 37 000 euros en finition Luxury. L'auto ressemble bien plus à un salon roulant où l'on prend plaisir à voyager qu'à une championne du déménagement : les passagers y sont choyés comme des princes, leurs bagages un peu moins.

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