Émilie Villa : « Impossible ? Bon bah, on va essayer quand même ! »

À la rencontre d’Émilie Villa : ses débuts à 26 ans, son apprentissage, le retour après la naissance de sa fille et trois objets pour raconter son parcours de pilote.

Émilie Villa casquée dans le cockpit d’une voiture de course

À la rencontre — Émilie Villa

Pour annoncer son premier résultat, Émilie Villa envoie une photo sur le groupe familial. Elle y apparaît avec un trophée. En Espagne, elle vient de disputer deux courses en Ginetta GT4 et de terminer deux fois deuxième. Ses proches découvrent jusqu’où elle est allée.

Avant de prendre le départ, elle était pourtant angoissée. Elle avait écouté de la musique électro pour se mettre dans sa course. Les podiums sont arrivés ensuite.

À 31 ans, Émilie raconte ses débuts, les mots techniques qu’elle apprenait sur YouTube, les budgets à réunir et son retour en piste après la naissance de Raphaëlle. Sa première voiture était un Renault Scénic RX4. Pour commencer la course, elle voulait une Aston Martin.

Émilie Villa : une Aston Martin sinon rien

Elle a 26 ans lorsqu’elle cherche comment devenir pilote. Elle vient de faire un burn-out après plusieurs années dans l’immobilier de prestige.

« J’avais complètement implosé. J’en avais marre de me lever tous les matins pour faire un métier qui, finalement, ne me rendait pas heureuse. »

Elle aime les voitures, la vitesse, la compétition. Enfant, elle a pratiqué l’escrime en championnat. Mais elle n’a pas suivi la filière karting. En se renseignant, elle lit partout qu’il faudrait avoir commencé à cinq ou six ans.

« Impossible ? Bon bah, on va essayer quand même ! »

Elle contacte les écuries une par une. Avec une préférence très arrêtée : une Aston Martin, pour sa ligne, tout simplement. Plus ses proches lui déconseillent de se lancer, plus elle a envie d’essayer. Une équipe finit par lui ouvrir la porte. Elle découvre Spa-Francorchamps au volant d’une Vantage GT4.

« Quand j’y repense, c’est quand même assez dingue. »

Émilie Villa casquée dans le cockpit d’une voiture de course
Émilie Villa casquée dans le cockpit d’une voiture de course
Équipe de pilotes devant une voiture de course rose et blanche à Magny-Cours
Équipe de pilotes devant une voiture de course rose et blanche à Magny-Cours
Émilie Villa sur un podium de course automobile, en combinaison rouge et bleue, un trophée dans les mains
Émilie Villa sur un podium de course automobile, en combinaison rouge et bleue, un trophée dans les mains

Faites défiler les photos horizontalement.

Le sous virage ça veut dire quoi

Après l’Aston Martin, elle essaie une Ligier JS2 R. Sa première compétition se déroule en Espagne, en Ginetta GT4. Lucie, sa compagne, participe au financement. Émilie démarche aussi des entreprises et trouve un premier sponsor pour compléter le budget.

« Ça m’a confortée dans l’idée que je n’avais pas eu complètement tort de me lancer dans cette folie ! »

Elle poursuit ensuite en Porsche Sprint Cup, au volant d’une Porsche 992 GT3 Cup. D’une voiture à l’autre, il faut réapprendre les réactions, la puissance, les sensations. L’Aston lui évoque un gros chat ; la Ginetta, un kart. Les essais avant chaque week-end servent à reprendre ses repères.

Au début, il y a aussi tout un vocabulaire à comprendre. Survirage, sous-virage : elle ne sait pas toujours ce que les mots recouvrent. Elle regarde des vidéos sur YouTube, rapproche les explications des images et du son pour comprendre ce qui se passe au volant.

« Je débutais complètement, je ne connaissais quasiment rien à ce milieu, mais je faisais comme si je maîtrisais tout ! »

Elle n’ose pas toujours demander. Elle a peur qu’on voie dans ses questions la preuve qu’elle n’a rien à faire là. Être la seule femme ajoute une pression : il faut obtenir des résultats pour qu’on ne la soupçonne pas d’être là « pour faire de l’image ».

« Il fallait que je m’impose, que je montre que j’avais ma place, même si intérieurement, j’étais parfois complètement perdue ! »

Émilie Villa casquée monte dans la Ligier rose et blanche numéro 64, entourée de son équipe
Vidéo : Guillaume Landry, en collaboration avec Émilie Villa. ▶ Regarder la vidéo sur Instagram

Une Porsche le dimanche un mur à poncer le lundi

La piste occupe moins de temps dans sa semaine qu’elle ne le souhaiterait. Il y a son travail, sa fille, la maison, le sport. Et tout ce qui permet, ou non, de participer à la prochaine course.

« Ce qui me prend énormément de temps, c’est surtout tout ce qu’il y a autour de la course : chercher des sponsors, préparer les dossiers, prendre des rendez-vous, relancer les entreprises… »

Elle a lancé une collection de vêtements à son nom pour financer une partie de ses projets. Il faut créer les modèles, trouver les fournisseurs, gérer les commandes et communiquer. Avec Lucie, elles rénovent aussi elles-mêmes leur maison.

« Je peux passer un week-end sur un circuit au volant d’une Porsche et me retrouver le lundi à poncer un mur, faire de la peinture, enchaîner les lessives ou courir après ma fille ! »

Quand elle ne peut pas rouler, elle travaille sur simulateur. Mais pour progresser en compétition, elle voudrait surtout pouvoir enchaîner les courses. Trouver des partenaires pour quelques rendez-vous permet de prendre le départ ; cela ne remplace pas une saison complète.

Ramener la voiture au bout

Raphaëlle naît le 10 juillet 2025. Trois mois plus tard, Émilie retrouve la compétition à Magny-Cours, en Ligier JS2 R, pour Octobre Rose. Elle partage le volant avec deux autres pilotes sur une course de quatre heures. Elles terminent deuxièmes.

Elle avait hâte de reprendre, mais son corps n’avait pas encore complètement récupéré. Son infirmière l’accompagne et ses coéquipières la soutiennent pendant le week-end. La combinaison lui réserve aussi une surprise.

« Je ne rentrais même plus dans mon ancienne combinaison ! Ça m’a fait tout drôle, mais bon, après une grossesse, il fallait peut-être que j’accepte de laisser un peu de temps à mon corps ! »

C’est elle qui termine la course. Elle se souvient de ramener la voiture, des appels de phares pour signaler que c’est fini. Le trophée de cette deuxième place a depuis rejoint les autres dans son petit bureau.

« Pendant plusieurs mois, ma vie avait tourné autour de la grossesse puis de Raphaëlle, et retrouver le volant, c’était aussi retrouver une partie de moi. »

L’adrénaline lui avait manqué, l’équipe, l’atmosphère des circuits aussi. Elle évoque également les petites filles qu’elle y rencontre et ce que cela représente pour elle de pouvoir être un modèle.

Trois objets trois histoires

Pour cette série « À la rencontre », je demande à chaque participante de choisir trois objets ou photos qui lui tiennent à cœur. Ils peuvent avoir un lien avec l’automobile, mais ce n’est pas une obligation. C’est une autre façon de faire connaissance : partir de ce qu’elle a choisi pour raconter un souvenir, une rencontre ou ce qui compte dans sa vie.

Son casque. Un Sparco acheté en 2020, auquel elle a ajouté une visière bleue pour le différencier. Avant de le mettre, elle écoute de la musique, bouge, sautille. Une fois casquée, elle ferme les yeux, visualise la piste, puis elle y va.

Détail du casque d’Émilie Villa
Le casque d’Émilie Villa. Photo : Vanessa Quang / En Voiture Carine.

Une photo de Raphaëlle. Une image en noir et blanc, au format Polaroid, qu’elle garde dans son téléphone. Elle y voit un regard déterminé qui l’aide à se concentrer et la remotive avant de prendre le volant.

Le trophée de Magny-Cours. Celui de sa deuxième place pour Octobre Rose, après son accouchement. Il lui rappelle la fin des quatre heures de course, lorsqu’elle ramène la voiture. Chez elle, il est installé dans son bureau, avec les autres trophées.

Trophée automobile d’Émilie Villa posé sur une table
Le trophée d’Émilie Villa.

Dans les faits elle est toujours là

Cette année, elle a plusieurs fois pensé arrêter. Elle raconte les mois de préparation, les dizaines de mails, les relances. Les interlocuteurs enthousiastes qui ne donnent plus de nouvelles. Et la course à laquelle on renonce alors qu’une voiture et une équipe sont disponibles.

« Tu peux passer des mois à préparer quelque chose pour que tout tombe à l’eau au dernier moment. »

Elle pense aussi au budget quand elle roule : abîmer la voiture aurait des conséquences qu’elle ne peut pas ignorer. Puis elle revient sur un circuit, même en spectatrice, et retrouve son envie.

« J’abandonne dans ma tête à peu près dix fois par an, mais dans les faits, je suis toujours là ! »

Pour 2027, elle souhaite disputer une saison en Ligier JS Cup, avec le projet de rouler en duo féminin. Le budget évoqué lors de notre entretien est de 68 000 euros. Elle voudrait enfin avoir la régularité nécessaire pour progresser avec une équipe et se battre pour des résultats.

« Tu fais une course par-ci, une course par-là, mais tu n’as pas forcément la possibilité de construire quelque chose sur toute une saison. »

Comment l’aider

Contribuer directement. Le formulaire d’EV Racing Team, partagé sur son compte Instagram, permet de soutenir ses projets : Soutenir Émilie Villa sur HelloAsso.

Accompagner sa saison 2027. Émilie recherche des partenaires pour son projet en Ligier JS Cup, avec un budget annoncé de 68 000 euros et l’objectif de rouler en duo féminin.

Organiser une expérience avec elle. Elle propose de construire des partenariats autour d’animations sur simulateur, d’événements pour les collaborateurs ou les clients et d’un accueil sur les circuits avec des places VIP. Les prestations sont à définir avec elle selon le projet.

« Pas simplement mettre un logo sur une voiture et se revoir à la fin de l’année. »

La contacter. Retrouvez-la sur Instagram @emilie_villa_, notamment pour les partenariats et sa collection de vêtements.

À lire aussi : Jessica Hawkins, une autre pilote au volant d’une Aston Martin GT4.

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