Renault 17 : née en 1971, et si elle avait droit à son retour ?

Renault 17 d’origine orange photographiée de trois quarts avant, avec ses quatre phares ronds
La Renault 17 d’origine et ses quatre phares ronds. Photo : Renault Communication, via le service presse Renault.

Le 2 novembre 1971, je faisais mon apparition. La Renault 17 m’avait précédée de quelques semaines. Cinquante-cinq ans plus tard, Renault aime toujours regarder dans son rétroviseur. Alors, après les petites voitures de notre enfance, pourquoi ne pas laisser revenir un coupé qui avait surtout envie de plaire ?

Au Mondial de l’Auto 2026, dont nous avons parcouru les allées, Renault présentait notamment son Renault 8 Gordini Concept, inspiré de la sportive de 1964. Pour ce 2 novembre, je remonte un peu moins loin : direction les années 1970, avec la R17 et sa relecture par Ora Ïto.

1971 : Renault s’autorise à séduire

Les Renault 15 et 17 sont présentées dans le réseau le 27 septembre 1971, puis au Salon de Paris d’octobre. Les archives du Monde racontent l’arrivée de cette gamme de deux-portes à quatre places, avec des versions découvrables.

Ce qui m’intéresse ici, c’est l’intention. Une voiture peut transporter les courses et donner envie de partir sans raison particulièrement sérieuse. Le coupé propose précisément ce petit écart : garder une automobile utilisable, mais choisir une silhouette parce qu’elle nous plaît. Le départ en week-end commence un peu avant de tourner la clé.

La Renault 17, une cousine de R12 qui soignait sa tenue

Renault 17 d’origine orange photographiée de trois quarts avant, avec ses quatre phares ronds
La Renault 17 d’origine et ses quatre phares ronds. Photo : Renault Communication, via le service presse Renault.

La base vient de la Renault 12, rappelle l’Amicale R15-R17. À son lancement, la 17 propose deux moteurs de 1 565 cm³ : 90 ch sur la TL et 108 ch avec injection sur la TS, cette dernière associée à une boîte à cinq vitesses. Des éléments connus, réunis dans une carrosserie qui change la conversation.

La R15 et la R17 se ressemblent, mais leur regard les sépare : deux projecteurs rectangulaires pour la première, quatre phares ronds pour la seconde. La 17 soigne aussi sa silhouette latérale, avec ses petites vitres arrière et ses ailettes. Elle a quelque chose de très composé, presque une tenue choisie pour sortir. Une R12 n’aurait probablement pas demandé autant de temps devant le miroir.

Ces détails donnent aujourd’hui beaucoup de charme aux photographies. On peut aimer ou trouver l’ensemble chargé ; au moins, on reconnaît une intention. Et la découvrable ajoute une perspective assez plaisante : quatre places, de la lumière et une autre raison de prendre les petites routes.

Un succès, cette Renault 17 ? Oui, à son échelle

Renault indique plus de 92 000 exemplaires produits entre 1971 et 1979. Ce chiffre mesure une fabrication sur l’ensemble de la carrière, pas les seules ventes françaises. Il permet déjà d’éviter deux caricatures : la voiture dont personne n’aurait voulu et le phénomène populaire que l’on aurait croisé à tous les coins de rue.

Je parlerais plutôt d’une carrière de niche, avec une véritable clientèle. On peut vendre des coupés pendant plusieurs années sans qu’ils deviennent la voiture des vacances de toute une génération. Le souvenir collectif ne suit pas exactement les registres de production : certaines silhouettes restent familières parce qu’on les voyait partout, d’autres parce qu’elles nous avaient arrêtés sur un trottoir.

La R17 mérite donc mieux que l’étiquette d’échec lancée faute de souvenir. À l’inverse, le nombre d’exemplaires construits ne suffit pas à établir sa rentabilité. Ce qui nous reste, c’est une proposition française singulière, et l’envie de la regarder à nouveau.

Au cinéma aussi, mais sans voler l’affiche

Oui, la R17 a fait des apparitions à l’écran. La base collaborative IMCDb la recense notamment dans Les Granges brûlées (1973), L’Animal (1977) et Coup de tête (1979). Ce sont des présences dans les films, pas la preuve qu’elle serait le véhicule principal ou celui d’une vedette.

Ce rôle dans le paysage me plaît assez. Les voitures de cinéma racontent aussi leur époque lorsqu’elles ne font que passer. Une rue, un parking, une couleur derrière un personnage : autant de petits morceaux de vie que l’on ne remarque pas forcément au premier visionnage. Nous avons déjà suivi des automobiles beaucoup plus démonstratives, comme l’Audi S8 du Transporteur. La Renault permet un autre jeu : retrouver le quotidien autour de l’action.

Retour sur le show-car de 2024 signé Ora Ïto

Profil de la Renault R17 electric restomod x Ora Ïto, show-car brun dévoilé en 2024
La R17 electric restomod x Ora Ïto, pièce unique dévoilée en 2024. Visuel officiel Renault Group.

Nous l’avions déjà évoquée en mars 2026 dans notre visite de l’exposition Pop Art Car sur les Champs-Élysées. Revenons à sa première apparition : en septembre 2024, Renault dévoile avec Ora Ïto une R17 électrique, brune, élargie, aux surfaces simplifiées. Le constructeur annonce 270 ch. Mais le point décisif du communiqué est ailleurs : ce show-car, exposé au Mondial de Paris en 2024, est une pièce unique qui ne préfigure pas une voiture de série.

Je trouve l’exercice intéressant parce qu’il oblige à regarder la voiture ancienne autrement. Les références demeurent, mais le designer choisit ce qu’il conserve et ce qu’il efface. C’est aussi une question que pose la rencontre entre Renault et les artistes : jusqu’où transformer un objet pour nous le faire redécouvrir ?

Quatre cadrans carrés rouges du tableau de bord de la Renault R17 electric restomod x Ora Ïto
Les quatre cadrans carrés du tableau de bord imaginé pour la R17 d’Ora Ïto. Visuel officiel Renault Group.

Pour prolonger la rencontre avec le designer, voici le R-Talk en français consacré à ce projet, publié sur la chaîne YouTube officielle de Renault Group.

Vidéo : Renault Group — voir l’entretien avec Ora Ïto sur YouTube.

Et si Renault nous refaisait un coupé ?

Voilà donc une envie, sans annonce industrielle à glisser derrière. Une nouvelle R17 pourrait-elle trouver sa place dans une gamme occupée à réinventer ses souvenirs ? Le dessin d’un show-car peut déclencher le désir ; construire une voiture à un prix acceptable, avec une clientèle suffisante, est une autre affaire. Un accueil enthousiaste devant un podium ne vaut pas un carnet de commandes.

Mais la question mérite d’être posée. À force de faire revenir des noms familiers, on peut aussi aller chercher une proposition moins attendue : une voiture que l’on choisit pour sa ligne, pour son habitacle, pour le plaisir un peu déraisonnable de posséder un coupé. Pas besoin de lui promettre un destin de best-seller pour avoir envie qu’elle existe.

Pour mes cinquante-cinq ans, je ne demande donc pas à Renault de me livrer une R17 devant la porte. Enfin, pas officiellement. Je me contente de vous rappeler que 1971 avait produit quelques personnalités qui n’ont pas tout à fait envie de se ranger.

Repères documentaires : archives du Monde de septembre et octobre 1971 ; Amicale R15-R17 ; dossier Renault du 5 septembre 2024 pour la production historique et le projet Ora Ïto ; IMCDb pour les apparitions à l’écran. L’éventualité d’une nouvelle R17 de série relève ici d’un souhait éditorial.

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